Alors que les Etats-Unis viennent d'imposer, via la résolution 1441 du Conseil de sécurité de l'ONU, un strict régime de vérification sur les armes bactériologiques, chimiques et nucléaires que pourrait posséder l'Irak, les Etats-Unis ont, en revanche, torpillé le régime multilatéral de vérification. Depuis en effet six ans et demi, les Nations unies tentaient de finaliser ce protocole censé donner des dents à la Convention de 1972 qui interdit la mise au point, la fabrication et le stockage d'armes biologiques. Mais l'année dernière, Washington estima que le protocole était destiné à la poubelle, car «trop plein de trous». Que faire dès lors?

Code de bonne conduite

«Nous avions le choix entre rester les bras croisés et attendre que la situation se détériore ou lancer une opération de sauvetage de ce qui peut l'être encore», a expliqué lundi le Hongrois Tibor Toth, président de la Conférence sur le désarmement (CD) des Nations unies, qui vient d'ouvrir ses travaux à Genève. Tibor Toth a souligné les dangers existants: outre les attaques à l'anthrax dont les Etats-Unis ont déjà été victimes, des scientifiques viennent de développer – certains volontairement, d'autres accidentellement, – des virus qui pourraient être utilisés comme autant «d'armes génétiques». Après «d'intenses consultations», Tibor Toth a donc soumis lundi un texte de compromis devant la CD. Avec comme espoir, de maintenir dans l'agenda international la question des armes biologiques jusqu'en 2006, date de la prochaine conférence d'examen de la Convention.

«Je suis conscient que ce texte ne satisfera presque personne, mais il n'y a pas d'autre voie possible», a mis en garde Tibor Toth. Ce plan, inspiré directement des propositions contenues dans le discours du 1er novembre 2002 du président George Bush, vise à maintenir les Américains impliqués dans le processus de discussion en cours. Le texte prévoit de renforcer la Convention de 1972 en examinant, via des rencontres annuelles de trois semaines, «les mesures nationales» adoptées par les différents Etats. Il s'agirait aussi de poursuivre pénalement des individus qui chercheraient à acquérir des toxines ou des virus. Le projet propose d'intensifier la surveillance épidémiologique et de définir un code de bonne conduite pour les scientifiques dès 2005.

Pas dupe de l'aspect limité de ce texte de compromis, Tibor Toth a lui-même prévenu la communauté internationale: «Ce texte ne comprend pour l'heure que des catégories vides. A la charge des Etats d'y mettre de la substance et des propositions concrètes. Sinon, tout cet exercice ne sera qu'une coquille vide ou une feuille de vigne masquant l'impuissance de la communauté internationale.» Le texte ne fait plus aucune référence à des mécanismes de vérification obligatoire. «Ce serait contre-productif», a expliqué M. Toth, faisant référence à l'hostilité américaine en la matière.

Pour limité qu'il soit, «le plan de sauvetage» mis au point par le président de la CD est loin d'être gagné. Car des Etats pourraient être tentés d'ouvrir le texte à une renégociation, au risque de tout faire capoter. En septembre dernier, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avait lancé un cri d'alarme prévenant que bientôt «les germes pourraient bien remplacer les balles de fusil». Selon John Bolton, sous-secrétaire d'Etat américain, une douzaine de pays, dont l'Iran, la Libye, le Soudan, la Syrie, Cuba et la Corée du Nord, ont des programmes d'armes bactériologiques. Devant le danger, un groupe d'ONG, regroupant des scientifiques de renom, ont lancé lundi un programme de prévention des armes biologiques, le «Bioweapons Prevention Project».