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Zeid Ra’ad Al Hussein, haut-commissaire aux droits de l’homme met en garde contre l’érosion des institutions internationales.
© AFP / FABRICE COFFRINI

Mondialisation 

L’ONU met en garde contre l’érosion de la communauté internationale

Le haut-commissaire au droit de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein se dit frappé par le recul du droit international. On assiste à un changement de paradigme, selon le professeur Andrea Bianchi

L’Organisation des Nations unies (ONU), créée au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, est-elle condamnée au déclin? La «communauté internationale» a-t-elle encore un sens? La conjonction du drame syrien – nourrit par la paralysie du Conseil de sécurité et de la diplomatie – et de la vague nationaliste qui gagne le monde peuvent le faire craindre.

C’est le danger contre lequel a mis en garde, mercredi à Genève, le haut-commissaire aux droits de l’homme, le Jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein. «Je suis frappé par la récente érosion du consensus qui soutenait jusqu’ici les institutions et le droit international, garant de la cohésion sociale, de la paix et de relations constructives entre les Etats», a-t-il expliqué lors d’une réunion informelle du Conseil des droits de l’homme.

La crédibilité de la CPI minée

Zeid Ra’ad Al Hussein a évoqué la situation d’Alep-est, pilonné par l’armée syrienne et ses alliés russes et iraniens depuis des mois, où le massacre de civils dépasse toute «décence humaine». Il s’est inquiété du recul du programme d’action de la Déclaration de Durban pour la lutte contre le racisme alors que les discours de haine se banalisent en particulier en Europe et aux Etats-Unis. Il a surtout regretté l’annonce du retrait de la Cour pénale internationale (CPI) de plusieurs Etats africains, ainsi que de la Russie et peut-être des Philippines. Le Conseil des droits de l’homme est lui-même menacé par des initiatives pour l’affaiblir.

«Le message du retrait de certains Etats de la CPI est terrible, cela mine la crédibilité de la justice internationale, confirme Andrea Bianchi, professeur de droit international à l’Institut de Hautes études internationales et du développement (IHEID). Il y a un risque d’effet boule de neige. Sans volonté des Etats d’un projet politique partagé, toutes les organisations internationales sont en danger.»

Confiance rompue

On assisterait ainsi à un basculement. «Dans les années 1990, on a vu émerger un sentiment favorable au droit international, à l’idée d’une communauté internationale. La confiance s’était établie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui», poursuit le professeur. Avec la fin de la Guerre froide, triomphait l’idée d’une justice internationale, l’Organisation mondiale du commerce prenait son envol, les Droits de l’homme s’imposaient, la protection de l’environnement devenait un thème global. Et le Conseil de sécurité de l’ONU sortait de sa précédente paralysie en intervenant lors de la première guerre d’Irak, puis dans le conflit en Bosnie-Herzégovine, enfin, même s’il était trop tard, au Rwanda. «Le Conseil de sécurité s’était réveillé», estime Andrea Bianchi.

Aujourd’hui, la confiance qui avait présidé à cette dynamique internationale a disparu. La rupture a été le fruit d’une accumulation d’échecs: d’abord au Kosovo, avec le retour du veto russe, puis en Irak, avec les mensonges de l’administration de George W. Bush et le retour à l’unilatéralisme des Etats-Unis, enfin avec la Syrie, une guerre sur laquelle la communauté internationale se fracasse. «Il y a une myopie de l’Occident dont la CPI est un bon exemple, ajoute Andrea Bianchi. Ce tribunal était un symbole très puissant. Mais après quatorze années de fonctionnement, il ne s’est occupé que d’un seul continent, l’Afrique. C’est une erreur. Personne ne croira que tous les crimes se produisent là-bas.»

«Moi aussi je suis fâché»

Zeid Ra’ad Al Hussein est dans son rôle lorsqu’il dénonce la démission des politiques afin de poursuivre le combat des valeurs universelles. Il est surtout l’une des rares voix au sein de l’ONU à mettre en garde publiquement contre les dangers qui menacent l’ordre international. Il s’était déjà signalé en septembre dernier en s’en prenant sur un ton inhabituel aux démagogues, citant plusieurs noms de populistes européens ainsi que celui de Donald Trump. «Pour eux, je dois être une sorte de cauchemar, avait-il alors déclaré. Je suis la voix globale des droits de l’homme, des droits universels; élu par tous les gouvernements, et désormais critique de presque tous les gouvernements.» Le Jordanien dont la mère est d’origine suédoise avait ajouté: «Je suis un musulman de peau blanche – ce qui a de quoi créer la confusion chez les racistes – dont la mère est européenne et le père arabe. Et moi aussi je suis fâché.»

«Il est temps de réexaminer la gouvernance mondiale qui est restée à l’état de mythe, explique Andrea Bianchi. La solution doit dépasser le cadre interétatique. Il faut se montrer plus créatif, plus inclusif. Il faut de nouvelles idées pour recréer la confiance.»

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