La 55e Commission des droits de l'homme des Nations unies s'est achevée hier à Genève, alors que l'ombre du conflit yougoslave n'a cessé de planer sur ses travaux. D'emblée, le régime de Slobodan Milosevic a été condamné pour sa politique de nettoyage ethnique au Kosovo. Mais pendant plus de six semaines, les délégués gouvernementaux et les représentants d'organisations non gouvernementales ont aussi traité les cas de nombreux autres pays. C'est surtout autour des Etats-Unis, de la Chine, du Soudan, de la République démocratique du Congo, de l'Iran et de Cuba que les débats ont été les plus animés, avec la présentation, dans certains cas, des conclusions des enquêtes réalisées par les rapporteurs spéciaux.

Pour Eleni Petroula, déléguée permanente de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), cette session a représenté «un pas en arrière». «Les Etats sont de plus en plus réticents à condamner d'autres Etats. Ils cherchent en permanence des compromis et évitent d'en arriver au vote», déplore-

t-elle.

«Les Organisations non gouvernementales ont l'impression que cette session a consacré la victoire d'un certain nombre de pays comme l'Inde, la Chine, Cuba, qui placent la question de la souveraineté nationale au-dessus de la notion de l'universalité des droits de l'homme», ajoute Eleni Petroula. En effet, pour elle, la défaite de la société civile a été cinglante après le refus de la commission de nommer un rapporteur spécial pour assurer la protection des défenseurs des droits de l'homme dans le monde. Selon la déléguée de la FIDH, en 1997-1998, il y a eu 11 militants tués, 21 cas de torture, 83 détentions illégales, 145 cas de harcèlement et 58 cas de persécutions juridiques dans 40 pays. La déception est d'autant plus grande que lors de la 54e session, l'idée de créer un tel poste avait été admise et que l'assemblée annuelle de l'ONU en 1998 avait également donné son feu vert.

Et ce n'est pas tout. Une résolution limitant le rôle du Haut Commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme en matière d'assistance sur le terrain a été adoptée. Parmi ses parrains: Chine, Cuba, Inde, Pakistan, Bangladesh, Russie et Soudan. «Un vote négatif», a déclaré Jean-Daniel Vigny, chef de la section politique des droits de l'homme au Département fédéral des affaires étrangères.

Autres faits marquants de la session 1999: La Chine a une nouvelle fois échappé à une sanction, puisqu'elle a réussi à faire bloquer un vote sur une résolution présentée par les Etats-Unis. Malgré quelques améliorations sur le plan des droits de l'homme, Pékin continue de bafouer les libertés fondamentales dans son territoire ainsi qu'au Tibet où les arrestations arbitraires se poursuivent. La résolution américaine n'a pas obtenu le soutien nécessaire, notamment des Quinze qui préfèrent maintenir leur politique de «dialogue constructif» avec le géant économique chinois. La stratégie européenne a été vertement critiquée par les ONG qui ne cessent de dénoncer l'intensification de la répression chinoise ces derniers mois. La Suisse n'a pas non plus condamné la Chine, peut-être pour limiter les dégâts de l'incident diplomatique survenu fin mars lors de la visite du président chinois Jiang Zemin à Berne.

Dans le même ordre d'idées, la Commission n'est pas entrée en matière sur les violations des droits de l'homme en Algérie. Les Etats ont estimé que les récentes élections présidentielles ont été «un grand pas en avant» pour l'établissement d'un état de droit. La Commission a par ailleurs mis fin aux fonctions du rapporteur spécial pour le Nigeria du fait qu'il y a eu changement de régime et arrivée au pouvoir d'un nouveau président civil.

Par contre, deux pays, l'Iran et Cuba, n'ont pu échapper à une condamnation. Pour le premier, la résolution parrainée par une trentaine de pays, faisait état de la persistance des persécutions contre des minorités et des menaces sur la vie de l'écrivain anglais Salman Rushdie malgré les assurances données par le gouvernement iranien. La condamnation de l'Iran n'a toutefois pas été massive: 23 voix pour, 16 contre et 14 abstentions. Pour Cuba, le vote a été encore plus serré: 21 voix pour, 20 contre et 12 abstentions. La résolution présentée par la République tchèque et la Pologne mais d'inspiration américaine, ne condamne pas vraiment le régime de Castro mais «constate avec inquiétude que la répression se poursuit à l'égard de l'opposition politique et que les dissidents sont placés en détention».

Une fois n'est pas coutume, les Etats-Unis et la Chine ont voté ensemble avec neuf autres pays contre une résolution qui voulait suspendre les exécutions capitales partout dans le monde. La résolution demandait expressément aux Etats-Unis d'accepter un moratoire sur la peine capitale.