Monde arabe

L'ONU reprend espoir sur un règlement de la guerre au Yémen

Monde arabe Soumise à une forte pression, l’Arabie saoudite donne des signes d’apaisement. Un revirement qui pourrait coûter cher au prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane

De violents combats ont éclaté lundi soir à Hodeïda, au Yémen, entre les rebelles Houthis et la coalition sous commandement saoudien, selon des sources militaires pro-gouvernement. La coalition avait suspendu il y a quatre jours son offensive sur le port.

La Suède sera-t-elle davantage favorable aux Yéménites que le Palais des Nations de Genève ou les pâturages de Macolin? Alors que la dernière tentative de pourparlers en Suisse avait lamentablement échoué en septembre, et que les précédentes n’avaient débouché sur aucun résultat, Stockholm s’est offert comme cadre pour tenter de ramener la paix dans ce pays aujourd’hui dévasté. Au vrai, voilà plusieurs jours que les armes se sont tues et que les parties au conflit auraient rivalisé de bonnes dispositions à l’égard du médiateur de l’ONU, le Britannique Martin Griffiths.

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Il y a deux mois, la délégation du gouvernement yéménite avait attendu en vain à Genève ses ennemis houthistes. En cause, au moins officiellement: le transfert à l’étranger de certains blessés, réclamé à la dernière minute par les rebelles. Or, ce transfert de blessés a finalement bien eu lieu ces derniers jours. Un signe, parmi d’autres, que le vent pourrait avoir tourné.

Pressions américaines

Alors que des millions de Yéménites sont menacés par la famine et les épidémies, la guerre aurait déjà coûté la vie à quelque 50 000 personnes, selon l’Acled, une organisation qui étudie l’impact des conflits. Au-delà de cette catastrophe, c’est pourtant un autre événement qui semble avoir permis de rebattre les cartes. Le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, au consulat d’Arabie saoudite d’Istanbul début octobre, a été désastreux en termes d’image pour Riyad. Les Etats-Unis se sont joints aux Européens pour faire pression depuis lors sur le royaume saoudien afin qu’il mette un terme au conflit.C’est en mars 2015 que le jeune Mohammed ben Salmane, qui n’était pas encore devenu à l’époque le prince héritier saoudien, avait décidé de faire intervenir militairement son pays au Yémen.

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«MBS» avait obtenu le soutien des pays arabes (dont au premier rang celui des Emirats arabes unis) ainsi que celui de l’Occident, qui avait avalisé sa vision du conflit en votant une résolution en ce sens à l’ONU: ­lutter contre l’avancée des houthistes, ces combattants chiites du nord du pays accusés de faire cause commune avec l’Iran. Le ton a changé entre-temps. Fin octobre, le ministre américain de la Défense, James Mattis, donnait un mois aux belligérants pour s’asseoir autour de la table des négociations.

Cette inhabituelle mise en garde de Washington avait certes été suivie d’un redoublement des combats dans la ville côtière de Hodeïda, contrôlée par les houthistes. Mais cette bataille a pris l’allure d’un ultime baroud d’honneur de la part des Saoudiens et de leurs alliés.

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«Echec complet»

Cette guerre reste «un échec complet» pour le prince héritier et son entourage, analyse le politologue Stéphane Lacroix. «En trois ans de combats, la coalition n’a réussi à reprendre que quelques zones qui, de toute façon, n’étaient pas houthistes. Toute la montagne continue de leur échapper.» Dans une rare apparition publique, le roi Salmane (le père de MBS) s’en prenait certes à l’Iran lundi, mais il affirmait aussi soutenir les efforts de l’ONU pour mettre fin à la guerre au Yémen. Une sorte de rappel à l’ordre voilé? «Ce sont les mêmes personnes, autour du prince héritier, qui sont responsables aussi bien du meurtre de Khashoggi que du déclenchement de la guerre au Yémen», souligne Stéphane Lacroix.

Les Nations unies avaient planché ces derniers mois sur un plan visant à mettre sous le contrôle international le port de Hodeïda, par lequel passe la majeure partie des vivres et des médicaments grâce auxquels survit la population yéménite. Les taxes ainsi récoltées permettraient de verser leur salaire à quelque 1,2 million de fonctionnaires et d’employés qui ne sont pas payés. Le Yémen, où vivaient avant la guerre plus de 27 millions de personnes, est le pays le plus pauvre du monde arabe. L’Arabie saoudite et ses alliés, mais aussi les houthistes, sont accusés d’utiliser à grande échelle la famine comme une arme de guerre.

Avant le déclenchement de la guerre, c’était un projet visant à faire du pays une fédération de six provinces qui avait mis le feu aux poudres: les houthistes s’estimaient défavorisés par ce découpage, qui les privait notamment d’un accès à la mer Rouge. Sans entrer dans le détail, Martin Griffiths assure disposer d’un plan de paix qui permettrait, à ses yeux, de rapprocher les belligérants.

L’Iran hors d’atteinte

Mais comment contraindre les houthistes à négocier? «Contrairement aux affirmations saoudiennes, le soutien de l’Iran est presque marginal, rappelle Clément Therme, chercheur à l’International Institute for Strategic Studies (IISS). En outre, en appliquant une politique de sanctions tous azimuts, les Etats-Unis se sont paradoxalement privés de tout levier de pression contre l’Iran sur ce dossier», complète-t-il.

«Les houthistes sont aujourd’hui clairement en position de force, conclut Stéphane Lacroix. Ben Salmane a usé jusqu’ici d’une rhétorique très maximaliste et il n’a laissé aucune place à la demi-mesure. Revenir à un discours de compromis représentera pour lui un coût politique très élevé.»

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