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En plus de septante ans d’existence, les Nations unies ont produit des tonnes de documents dont certains appartiennent déjà à l’Histoire.
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Archives

L'ONU rêve d'un «caveau de la mémoire»

Les locaux où sont actuellement entreposées les archives de l’ONU dans les sous-sols du Palais des Nations à Genève ne sont pas adaptés à terme pour préserver de tels documents. Directeur de la Bibliothèque de l’ONU, Francesco Pisano espère fédérer les acteurs de la Genève internationale pour financer un projet novateur qui ferait la part belle à l’histoire du multilatéralisme

Des canalisations d’eau de pluie et d’eaux usées qui débordent en cas d’orage, des bouches d’aération et des tuyaux de chaufferie partout, des câbles en pagaille. Des escaliers qui rendent difficile le transport de lourds documents. A trois reprises des inondations, dont la dernière en 2016, ont endommagé une partie des archives des Nations unies. En urgence, le personnel de la Section de la mémoire institutionnelle du Palais des Nations à Genève s’est relayé pour évacuer 300 mètres linéaires de documents, pour les congeler sans délai et les lyophiliser afin d’éviter les moisissures. Les étagères sur lesquelles trônent des milliers de documents ont été surélevées pour prévenir tout dégât en cas de nouvelle inondation.

Risque de détérioration

En plus de septante ans d’existence, les Nations unies ont produit des tonnes de documents dont certains appartiennent déjà à l’Histoire. Les infrastructures actuelles où sont entretenues les archives de l’ONU ne sont pourtant pas adaptées aux exigences modernes de la préservation des documents. Or ceux-ci représentent un patrimoine inestimable permettant de retracer les grands faits du multilatéralisme dans la Cité de Calvin. Les archivistes accomplissent des miracles au vu des moyens à disposition. «On fait au mieux», entend-on dans les coulisses de l’institution. Mais dans une salle, l’air, sec, est à peine respirable et les conditions ne sont pas favorables au maintien en bon état d’archives du XXe siècle réputées très acides. Les conditions idéales seraient une température entre 18 et 20 degrés Celsius et une humidité d’environ 50%.

«Depuis 1945, les étagères ont été installées dans 15 salles dans les sous-sols du Palais des Nations pour héberger les archives de l’ONU, explique le directeur de la Bibliothèque des Nations unies, Francesco Pisano. L’état des lieux en termes d’archivage n’est pas désespéré, mais les conditions de conservation risquent de se détériorer avec le temps.» Ne pas agir aujourd’hui, c’est surtout renvoyer la question à des générations futures qui pourraient voir dans l’activité onusienne de 1945 à 2018 des éléments de réponse à leurs interrogations sur les affaires du monde.

Lire aussi: Les archives numériques de la Société des Nations suscitent l’engouement

Trésors mémoriels

Comment a-t-on pu en arriver là? A l’heure des restrictions budgétaires, les Etats membres n’ont pas pour priorité de préserver la mémoire collective de l’ONU, bien que ses archives soient déjà 40% plus volumineuses que celles de la Société des Nations (SdN). Cheffe de la Section de la mémoire institutionnelle au Palais des Nations, Blandine Blukacz-Louisfert apporte une autre explication: «Les archives de l’ONU ne sont pas encore assez anciennes pour que tous se rendent compte de leur valeur.»

Pour la SdN, qui précéda l’ONU, il a fallu attendre les années 1960 pour réaliser à quel point les sous-sols du Palais des Nations regorgeaient de trésors mémoriels. Grâce à un financement de la Fondation Carnegie, un inventaire avait enfin pu être réalisé. Aujourd’hui, un mécène genevois anonyme finance un projet étalé sur cinq ans de numérisation des archives de la SdN. Ces mêmes sous-sols cachent pourtant une riche palette de documents onusiens ayant trait à la Commission puis au Conseil des droits de l’homme, à la Commission économique pour l’Europe, à la Cnuced. «Nous avons également des documents préparatoires de la Déclaration universelle des droits de l’homme», ajoute Blandine Blukacz-Louisfert.

Projet de la Genève internationale

Face à ce constat attristant pour une ville comme Genève qui a été l’un des berceaux du multilatéralisme avec l’avènement en 1919 de la Société des Nations, Francesco Pisano refuse tout fatalisme. «Notre rêve est de doter le Palais des Nations d’un vrai local d’archivage qui réponde à toutes les normes pertinentes. Il s’agirait d’inciter des Etats membres, des donateurs privés, à financer un tel projet qui pourrait se chiffrer à des millions de francs suisses pour créer un caveau de la mémoire du multilatéralisme.»

Francesco Pisano n’attend pas une manne de New York, qui a déjà approuvé la rénovation du Palais des Nations à hauteur de 850 millions de francs. Il souhaite que la Genève internationale s’approprie le projet, qu’un cercle des amis du projet se constitue pour donner aux archives l’écrin dont elles ont besoin. Et le directeur de la bibliothèque de préciser: «Idéalement, le nouveau local d’archives serait contigu à la bibliothèque.»

Pour l’heure, aucun local nouveau n’a été prévu dans le cadre de la rénovation du Palais des Nations. Mais d’ici à 2023, qui sait?

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