Conflit

L'ONU suspend ses convois humanitaires en Syrie après un raid meurtrier

Le raid a frappé dix-huit camions d’aide humanitaire, et coûté la vie à 12 employés. Les Etats-Unis sont «scandalisés» et «poseront directement la question à la Russie», alors que le climat est très tendu après l’annonce de la fin de la trêve par l’armée du régime de Bachar al-Assad

L'ONU a suspendu ses convois humanitaires en Syrie, après le raid aérien contre un convoi acheminant de l'aide dans la province d'Alep qui a fait plusieurs morts dont un employé du Croissant-Rouge syrien, a annoncé mardi un porte-parole des Nations unies.

«Tous les convois sont suspendus en attendant une nouvelle évaluation de la situation sécuritaire» en Syrie, a déclaré à Genève le porte-parole du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), Jens Laerke. Le convoi touché lundi transportait notamment de l'aide de l'ONU, a-t-il précisé lors d'un point-presse.

Ce raid aérien meurtrier fait vaciller la trêve en Syrie. La question va dominer les débats mardi en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), douze employés du Croissant rouge et chauffeurs de camion, qui devaient acheminer une précieuse aide humanitaire dans la province d’Alep, ont péri dans cette frappe menée lundi.

L’organisation n’était pas en mesure de préciser de quelle nationalité étaient les avions qui ont mené la frappe, mais aucun groupe rebelle syrien ne dispose de force aérienne.

Les Etats-Unis pointent la «responsabilité» des Russes

Sans directement accuser Moscou, le porte-parole du département d’Etat John Kirby a assuré que Washington était «scandalisé» par l’attitude de la Russie, alliée du régime de Damas. Les Etats-Unis «soulèveront la question directement auprès de la Russie», a précisé John Kirby depuis New York où se tient l’Assemblée générale des Nations unies.

L’ONU a indiqué que le raid avait endommagé au moins 18 camions chargés d’aide humanitaire. Les camions faisaient partie d’un convoi de 31 véhicules de l’ONU et du Croissant rouge syrien qui livrait de l’aide à 78 000 personnes à Orum al-Koubra, a précisé le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric.

Ce raid est survenu quelques heures après que l’armée du régime de Bachar al-Assad a annoncé «la fin du gel des combats qui a débuté à 19h (16h GMT) le 12 septembre conformément à l’accord Etats-Unis/Russie».

Au total, au moins 36 civils ont péri à Alep et dans sa province dans des raids, selon l’OSDH, qui a précisé que «plus de 40 frappes aériennes» ont été menées depuis l’annonce de Damas.

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Le secrétaire d’Etat John Kerry n’est pas disposé à jeter l’éponge sur le conflit syrien, en maintenant le dialogue avec Moscou. «Les Russes ont signé un accord, il faut voir maintenant ce qu’ils disent. Mais le plus important, c’est que les Russes doivent contrôler (le président Bachar) al-Assad», avait-il confié à la presse lors de rencontres avec des ministres de pays arabes à New York.

L’état de l’accord évalué ce mardi

Face à la gravité de la situation, le Groupe international de soutien à la Syrie (GISS), qui rassemble depuis novembre 2015 une vingtaine de pays et d’organisations internationales – dont les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Iran – se réunira tôt mardi en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, d’après la diplomatie américaine.

La réunion «évaluera […] l’état de l’accord conclu entre les Etats-Unis et la Russie il y a une semaine, où nous sommes et quelles sont les prochaines mesures à prendre», a précisé un porte-parole du département d’Etat, Mark Toner.

En annonçant la fin de la trêve, l’armée syrienne en a fait porter la responsabilité aux groupes rebelles qui n’ont «pas respecté une seule disposition» de l’accord. Damas a répertorié plus de 300 violations de la trêve par ces groupes. Les rebelles et l’opposition n’avaient pas formellement approuvé l’accord russo-américain, dont ils critiquaient l’absence de garanties.

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Un peu avant l’annonce de son armée, le président Assad a accusé les Etats-Unis d’avoir commis une «agression flagrante» en menant samedi un raid contre son armée à Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie, qui a fait au moins 90 morts.

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