L’ONU tente de sauver son enquête sur la guerre de Gaza

Genève Israël a obtenu la tête du professeur William Schabas, président de la commission d’enquête de l’ONU

L’ONU a nommé en catastrophe mardi une nouvelle présidente pour sa commission d’enquête sur les crimes commis lors de l’offensive israélienne contre Gaza l’été dernier. Mary McGowan Davis, une ancienne procureure de New York, remplace le professeur canadien William Schabas, dont la démission venait d’être acceptée par le président du Conseil des droits de l’homme (CDH), le diplomate allemand Joachim Ruecker. Mais le malaise n’est pas dissipé.

Nul doute que le curriculum vitae et les déclarations passées de l’Américaine seront passés au peigne fin. Tout comme Israël l’avait fait avec son prédécesseur. Le gouvernement israélien a toujours contesté la légitimité de la commission d’enquête sur Gaza, décidée par une large majorité des Etats membres du CDH. Les experts de l’ONU n’ont ainsi pas pu se rendre sur place.

«Conflit d’intérêts flagrant»

Israël a finalement découvert une ancienne expertise juridique que le professeur canadien avait réalisée pour le compte de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). «Un conflit d’intérêts flagrant» avec sa fonction de président de la commission d’enquête sur Gaza, s’est indignée vendredi la mission israélienne à Genève auprès du président du CDH.

William Schabas a donc préféré démissionner avec effet immédiat pour ne pas compromettre le rapport sur les présumés crimes de guerre commis par Israël mais aussi par le mouvement islamiste Hamas. Un document qui est en train d’être rédigé et qui sera présenté le 23 mars devant le CDH.

Dans sa lettre de démission, William Shabas précise que ce fameux mandat datait de 2012. Une expertise juridique comme il en a réalisé pour de nombreux autres gouvernements ou organisations et qui avait été rémunérée 1300 dollars. «Mes opinions sur Israël et la Palestine, comme sur d’autres sujets, sont publiques et connues. Mon travail en faveur de la défense des droits de l’homme m’a valu d’être la cible d’attaques malveillantes. Cette offensive n’allait que s’intensifier ces prochaines semaines», écrit-il.

Israël a d’ores et déjà annoncé qu’il ne se satisfaisait pas de cette démission. Mardi, le premier ministre Benyamin Netanyahou a appelé l’ONU à «enterrer» le rapport.

L’ONU défend le travail de la commission, qui a interrogé des témoins et des victimes «des deux côtés». Avec cette démission, «même l’apparence d’un conflit d’intérêts est évitée», a estimé Joachim Ruecker dans un communiqué. L’épisode ne devrait pas changer le fond du rapport, qui conclura sans doute à des crimes de guerre commis à la fois par Israël et le Hamas. De nombreux bombardements ont violé le droit international, estimait l’ONG israélienne B’Tselem fin janvier, après s’être penchée sur 70 attaques contre des immeubles résidentiels. La guerre de Gaza avait fait 2200 morts côté palestinien, dans leur immense majorité des civils, et 70 victimes côté israélien, presque toutes des soldats. «C’est un incident de parcours alors que cette commission était déjà mal engagée», commente un diplomate.

Pour les Palestiniens, la présentation de ce rapport n’est qu’une étape pour traduire les dirigeants israéliens devant la Cour pénale internationale, qui vient d’ouvrir une enquête préliminaire sur Gaza.