Il l’a évoqué à la 18e minute. Lors de son premier discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump a fustigé la Corée du Nord et son «régime vicieux». Il a menacé de «détruire totalement» le pays, si Pyongyang continue ses provocations avec ses essais balistiques et que rien n’est fait pour l’en empêcher. Le président américain a averti: le leader nord-coréen Kim Jong-un, qu’il qualifie d'«homme-missile», est en pleine «opération suicide». 

Mort tragique du jeune Américain Otto Warmbier quelques jours après avoir été transféré dans un état de coma grave aux Etats-Unis, après environ deux ans de détention en Corée du Nord; assassinat du demi-frère du leader nord-coréen en plein aéroport de Kuala Lumpur; affaire du rapt d’une Japonaise de 13 ans par des espions nord-coréens: Donald Trump a multiplié les exemples pour dénoncer les exactions d’une «bande de criminels». Il est temps pour la Corée du Nord d’entamer sa dénucléarisation, a tonné le président américain.

Un axe du mal bicéphale

Il n’a plus annoncé «feu et fureur» comme il avait osé le faire il y a quelques semaines, mais l’intention y était. Voilà qui tranche singulièrement avec la tonalité du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui prône logiquement une «solution politique». Il a appelé le Conseil de sécurité à rester uni pour dénucléariser la péninsule coréenne et viser une résolution diplomatique de la crise. 

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Pour le président américain, l’axe du mal est clairement bicéphale. Il y a la Corée du Nord et il y a l’Iran. Le régime de Téhéran a été qualifié de «meurtrier», au «comportement déstabilisateur»: «Le gouvernement iranien a transformé un pays riche, avec une grande histoire et culture, en un Etat voyou amoindri économiquement, et dont les exportations maîtresses sont la violence, le bain de sang et le chaos.» Donald Trump évoque une «dictature corrompue» et a très clairement qualifié l’accord sur le nucléaire iranien, dont Barack Obama était l’un des artisans, d'«embarras» pour les Etats-Unis. «Une des pires transactions et des plus biaisées auxquelles les Etats-Unis aient jamais participé», a-t-il lancé à la tribune de l’ONU. «Nous ne pouvons pas respecter un accord [conclu en 2015, ndlr] s’il sert à couvrir l’éventuelle mise en place d’un programme nucléaire. […] Vous n’avez pas fini d’en entendre parler, croyez-moi.» 

C’est le 15 octobre que le président américain doit préciser devant le Congrès s’il estime que Téhéran respecte ses engagements ou pas. A en juger par ses récentes déclarations, la réponse devrait être négative, ce qui signifierait de facto mettre à la poubelle un texte négocié âprement pendant près de douze ans. Devant l’ONU, le président français, qui en était également à son premier discours, a, lui, défendu l’accord. La France a notamment posé sur la table des discussions la possibilité d’un «complément», qui pourrait être discuté par les signataires après 2025. En coulisses, Emmanuel Macron espère bien convaincre le président américain de changer d’avis, comme il compte le faire pour l’Accord de Paris sur le climat. 

«L’armée la plus puissante»

Avant d’évoquer les «Etats voyous» qui «violent tous les principes sur lesquels reposent les Nations Unies», Donald Trump s’était lancé dans un plaidoyer très «America First», à la gloire de la souveraineté nationale. Il a assuré avoir réussi à créer des emplois et à relancer la croissance économique, et a surtout insisté sur l’accroissement du budget militaire qui permettra à l’armée américaine de devenir «plus puissante qu’elle ne l’a jamais été». Des axes qu’il n’a cessé d’imposer depuis le début de son mandat.
Donald Trump a par contre laissé de côté sa rhétorique agressive envers l’ONU. Il a été jusqu’à évoquer la «belle vision de l’institution» et la nécessité de travailler ensemble «sur la base d’un respect mutuel».

Il a appelé à davantage de collaboration pour combattre les Etats voyous et le terrorisme qui étend ses tentacules. Mais le président n’a pas pour autant cédé aux sirènes du multilatéralisme: il a insisté sur le fait que des pays «indépendants et forts» sont à la base de l’ordre mondial. «J’ai été élu non pas pour prendre du pouvoir mais pour en donner aux gens, pour redonner à l’Amérique sa grandeur. Comme vous, leaders de vos pays: vous devriez d’abord mettre votre pays en premier, au coeur de vos priorités.» Quelques minutes plus tard, la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, soulignait: «Aucun pays, aucun acteur sur la scène mondiale n’est en mesure de trouver seul les réponses aux défis d’aujourd’hui. Qu’il faille encore le rappeler à l’heure actuelle est un signe qui doit nous alerter.» Un message qui semble tout particulièrement s’adresser à Donald Trump.  

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