Amérique latine

L’ONU va enquêter sur les violations des droits humains au Venezuela

Vendredi à Genève, le Conseil des droits de l’homme a voté le lancement d’une mission internationale destinée à enquêter sur les violations des droits humains commis dans le contexte de la crise politique et économique vénézuélienne

L’ONU étend sa surveillance de violations des droits de l’homme dans la crise politique et économique au Venezuela. Le Conseil des droits de l’homme a voté vendredi à Genève le lancement d’une mission internationale indépendante d’établissement des faits dans ce pays.

La résolution d’une majorité de pays du Groupe de Lima, qui reconnaît le président autoproclamé Juan Guaido, et d’autres Etats a été approuvée par 19 voix, contre 7 oppositions et 21 abstentions. Devant le Conseil, l’ambassadeur vénézuélien a dénoncé une «initiative hostile qui porte atteinte au droit international» et cherche, selon lui, à renverser le président Nicolas Maduro.

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Il a estimé que ce dispositif prévu pour un an pourrait avoir un impact négatif sur le dialogue entre les acteurs politiques dans le pays. Et il a encore dit qu’une Commission d’enquête internationale devait plutôt être lancée contre certains Etats qui ont porté la résolution.

«Succès pour les victimes»

Ces dernières semaines, le chef de la diplomatie vénézuélienne Jorge Arreaza avait tenté à Genève d’éviter le scénario d’une mission indépendante. Celle-ci était souhaitée par des ONG comme Human Rights Watch (HRW) qui a salué vendredi un «succès pour les victimes» de violations. La Haute commissaire aux droits de l’homme n’avait elle en revanche pas caché sa réticence sur ce mécanisme.

Michelle Bachelet avance moins agressivement et veut obtenir un bureau du Haut-Commissariat dans ce pays. Une déclaration d’intention a été signée il y a une semaine avec le gouvernement pour valider la présence de l’ONU.

Autorités visées par l’ONU

Le dispositif du Haut-Commissariat prévoit pour le moment le maintien de deux collaborateurs dans ce pays. Pour autant, la Chilienne n’a pas épargné le gouvernement vénézuélien ces derniers mois.

Elle a à plusieurs reprises demandé le démantèlement d’une unité d’élite de la police, responsable selon son bureau de milliers d’exécutions extrajudiciaires présumées. Un appel relayé également par la Suisse récemment devant le Conseil des droits de l’homme.

Le Haut-Commissariat poursuit aussi des visites dans les prisons au Venezuela. Michelle Bachelet a appelé à des investigations sur les cas de torture présumés. Elle a aussi dénoncé des représailles contre certains défenseurs des droits de l’homme.

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Dans la résolution votée vendredi, le Conseil condamne également les violations des droits de l’homme et l’attitude de l’unité d’élite de la police. Et il cible le recours excessif à la force contre des manifestations pacifiques et pendant des dispositifs de sécurité, les détentions arbitraires, les actes de torture, les mauvais traitements. Ou encore les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées. 

Au total, la crise vénézuélienne a fait plus de 3,5 millions de réfugiés en un peu plus de trois ans, selon l’ONU. Jeudi, comme Michelle Bachelet à plusieurs reprises ces derniers mois, le Conseil s’était dit inquiet des sanctions américaines contre le Venezuela.

Suspicion de crimes de guerre au Yémen

Il avait également prolongé le Groupe d’experts internationaux et régionaux sur le Yémen (GEE) pour un an. Dans un rapport, les trois membres de celui-ci avaient ciblé récemment une «multitude» d’actes qui pourraient équivaloir à des crimes de guerre.

Ils vont désormais se pencher sur un récent raid qui avait fait plus de 100 victimes, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Au total, en cinq ans de violences, le conflit a fait au moins plusieurs dizaines de milliers de victimes dont de nombreux civils. Plus de 25 millions de personnes ont besoin d’assistance, selon l’ONU.


Ci-dessous, «Comme moi, tous mes amis ont quitté le Venezuela», une vidéo du «Temps»

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