Dans les chancelleries du monde entier: des appels en faveur d'un Liban démocratique, indépendant et souverain. Dans les rues de Beyrouth: les balles des assassins, et les cadavres de martyrs. Mardi, c'est paradoxalement un attentat de plus qui a fait progresser le Liban vers la justice: quelques heures après l'assassinat du ministre Gemayel, le Conseil de sécurité de l'ONU a approuvé le projet de création d'un tribunal international pour juger les assassins présumés de Rafic Hariri.

Et le «tribunal spécial pour le Liban» aura des compétences plus larges que celles liées au procès des tueurs de l'ex-premier ministre. Une fois approuvé par le parlement libanais et ratifié par l'exécutif, il pourra statuer sur 14 autres cas en lien avec l'affaire Hariri: ceux des personnalités anti-syriennes tuées ou visées dans des attentats qui ont suivi la disparition du premier ministre libanais le 14 février 2005.

Au mois de décembre de la même année, l'ONU avait prolongé le mandat d'une commission d'enquête sur l'assassinat d'Hariri créée en mai. Un projet de résolution avait à l'époque pris en considération la demande du gouvernement libanais de créer un tribunal international pour cette affaire. Et c'est l'assassinat du ministre Pierre Gemayel qui aurait facilité l'aboutissement des tractations onusiennes.

Une décision invalide

La juridiction spéciale à laquelle l'ONU vient de donner son feu vert est au cœur de la crise politique actuelle qui frappe le Liban. Le projet de tribunal - avalisé le 13 novembre dernier par le gouvernement libanais, après la démission de six ministres proches de Damas - est contesté par une partie de la classe politique: le président pro-syrien Emile Lahoud lui-même a déclaré invalide la décision du gouvernement en faveur de la création du tribunal.

Car les rapports d'étape de l'enquête de l'ONU ont clairement mis en cause des personnalités syriennes et libanaises proches de la Syrie. Parmi les suspects figurent des subordonnés du président syrien Bachar el-Assad et d'Emile Lahoud, ainsi que des généraux libanais, emprisonnés sur la recommandation de la commission d'enquête des Nations unies. Attendu en janvier prochain, le rapport définitif de l'enquête onusienne conduite par le magistrat belge Serge Braemertz pourrait mettre directement en cause le régime de Damas.

Avec un mandat de trois ans renouvelable par le Conseil de sécurité, le tribunal sera «mixte»: un procureur étranger, assisté d'un adjoint libanais, siégera dans une institution qui jugera en vertu de la loi libanaise; trois juges - un Libanais et deux étrangers - officieront, ainsi qu'une Cour d'appel composée de cinq magistrats (deux Libanais et trois étrangers). En dehors des Libanais, tous les magistrats seront nommés par le secrétaire général de l'ONU.