Nations unies

A l’ONU, le veto russe bloque une résolution sur le Yémen épinglant l’Iran

Moscou s’est opposé à une résolution britannique, soutenue par les Etats-Unis et la France, pour un renouvellement de l’embargo sur les armes au Yémen épinglant l’Iran. Elle a fait adopter à l’unanimité une résolution technique épargnant Téhéran

Les Etats-Unis ont échoué lundi à épingler l’Iran à l’occasion d’un renouvellement annuel de l’embargo sur les armes imposé par l’ONU au Yémen, lors d’une séquence diplomatique tendue qui a consacré une double victoire russe. Cet embargo sur les armes décrété en 2015 pour le Yémen expirait lundi soir.

Pendant plusieurs jours, les diplomates ont négocié d’arrache-pied pour obtenir un compromis évitant un veto russe à un texte rédigé par le Royaume-Uni. A l’initiative de Washington, le projet initial prévoyait de «condamner» l’Iran pour avoir laissé des missiles de fabrication iranienne arriver jusqu’aux rebelles houthis au Yémen. Dans les discussions, le terme est rayé, le texte ne parlant plus que d’«inquiétude» face aux manquements de l’Iran et de la possibilité de «mesures supplémentaires», soit de futures sanctions internationales hypothétiques contre Téhéran.

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Le tout dernier projet de texte négocié lundi ne comportait plus cette mention de «mesures supplémentaires». «On espère un vote positif», indique alors à l’Agence France-Presse (AFP), sous couvert d’anonymat, un diplomate. C’est «niet», a finalement tranché Moscou quelques minutes avant le vote du Conseil de sécurité.

«Un consensus n’a pu être dégagé», explique l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia. «Aucune preuve» n’étaie les affirmations américaines d’une implication directe de l’Iran derrière des tirs de missiles houthis en 2017 vers l’Arabie saoudite, ajoute-t-il.

Adoption à l’unanimité de la proposition russe

Lors du scrutin, la Bolivie vote aussi contre, la Chine et le Kazakhstan s’abstiennent, les 11 autres membres approuvant la résolution. Pour une adoption, il faut au moins neuf voix pour sur les 15 du Conseil de sécurité et aucun veto des cinq permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni).

Le texte britannique renvoyé aux oubliettes, Vassily Nebenzia fait aussitôt mettre aux voix une résolution prévoyant, sans mentionner l’Iran, un renouvellement annuel dit «technique» de l’embargo sur les armes.

Ironie diplomatique, ce texte n’est autre que celui du Royaume-Uni de l’an dernier pour le même embargo en vigueur depuis 2015. Difficile dès lors de le rejeter, d’autant que l’embargo expire lundi soir. Deuxième victoire russe: adoption à l’unanimité.

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En visite lundi au Honduras, l’ambassadrice américaine Nikki Haley s’en prend à Moscou via un communiqué. Après avoir soutenu le «régime barbare» syrien, «la Russie aujourd’hui protège le régime iranien qui soutient le terrorisme», s’insurge-t-elle. Et cela «en dépit de preuves crédibles et indépendantes montrant que l’Iran viole l’embargo sur les armes» au Yémen. La diplomate promet, sans les préciser, «des mesures contre l’Iran que les Russes ne pourront pas bloquer».

Dans un communiqué, la mission iranienne à l’ONU dénonce les «tentatives des Etats-Unis et du Royaume-Uni de détourner les procédures du Conseil de sécurité», sans mentionner la France. En outre, l’Iran «rejette catégoriquement» les accusations l’impliquant dans des transferts d’armes au Yémen.

Trump tranchera sur l’accord nucléaire iranien

Si un rapport d’experts de l’ONU estime que l’Iran a failli à ses obligations en n’empêchant pas l’arrivée au Yémen de missiles de fabrication iranienne, il affirme aussi ne pas être en mesure d’identifier les responsables ou les canaux de transmission ayant permis aux Houthis de s’en doter.

Pour la Russie, les morceaux de missiles tombés en Arabie saoudite et exposés récemment par les Etats-Unis, même s’ils sont iraniens, ne sont pas une preuve d’un rôle direct de l’Iran pour armer les Houthis. Pour Washington, comme pour Londres ou Berlin, Téhéran est bien derrière des livraisons d’armes aux Houthis. Selon des sources diplomatiques, l’appui de Paris et Londres à Washington dans son conflit avec l’Iran est lié à l’avenir de l’accord nucléaire international conclu en 2015 pour limiter son programme atomique à un usage civil.

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Le président Donald Trump veut l’annihiler contre l’avis de Paris, Londres, Berlin et Moscou. Après en avoir saisi le Congrès américain, son administration s’est donné jusqu’à mai pour trancher sur son sort. Soit des décisions sont prises contre l’influence au Moyen-Orient de Téhéran et son programme de missiles balistiques, soit Washington enterre l’accord nucléaire, selon ces sources.

Au Yémen, l’Arabie saoudite sunnite, grand rival de l’Iran chiite dans la région, dirige depuis 2015 une coalition arabe soutenant le gouvernement yéménite exilé dans le sud et qui lutte contre les rebelles houthis. Cette guerre, accompagnée de la pire catastrophe humanitaire actuelle au monde, selon l’ONU, a fait plus de 9200 morts, en majorité des civils, et poussé le pays à la famine.

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