Syrie

L’opération humanitaire russe à Alep ne suscite que méfiance

La Russie, qui a contribué à l’encerclement des quartiers rebelles d’Alep, veut créer des corridors humanitaires pour permettre aux civils et aux combattants de quitter la ville

La Russie a pris une nouvelle fois tout le monde de court en annonçant jeudi une «opération humanitaire de grande ampleur» à Alep. Depuis le 7 juillet, la partie orientale de la métropole est encerclée par l’armée syrienne qui a coupé avec l’appui aérien de Moscou la route de Castello, dernière ligne de ravitaillement des quartiers insurgés. Déjà bombardées sans relâche, près de 300 000 personnes risquent d’être affamées comme les 590 000 habitants d’autres enclaves assiégées. L’ONU estime qu’il reste deux ou trois semaines de vivres dans la partie orientale d’Alep. Les quartiers loyalistes essuient eux aussi les tirs aveugles de roquettes de la part des rebelles.

Lire aussi: Alep, c’est terminé, il n’y a plus moyen d’entrer (20 juillet 2016)

Près d’une année après l’intervention militaire de Moscou au secours du président Bachar el-Assad, le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, a annoncé jeudi la création de trois corridors humanitaires à Alep pour les civils et les combattants qui auront déposé les armes. Un quatrième, le long de la fameuse route de Castello, sera mis en place pour que les combattants armés puissent quitter la ville en direction de la Turquie.

Quasiment au même moment, le président syrien Bachar el-Assad signait un décret d’amnistie pour les rebelles disposés à se rendre, une mesure valable pendant trois mois. Des tracts ont d’ores et déjà été largués sur les quartiers insurgés avec les plans de ces corridors. Cette «opération humanitaire» est censée commencer vendredi.

L’ONU pas au courant

A Genève, l’ONU, qui avait convoqué une nouvelle réunion sur l’accès humanitaire en Syrie, dit n’avoir pas été informée à l’avance de l’initiative russe. Son émissaire, Staffan de Mistura, se veut extrêmement prudent, car «le diable se cache dans les détails». Plusieurs militaires russes de haut rang étaient en route pour Genève pour fournir davantage d’explications.

Dans la soirée de jeudi, le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) réclamait une trêve de 48 heures chaque semaine pour que les camions de l’ONU puissent ravitailler la ville. La France et le Royaume-Uni exigent, eux, la fin du siège d’Alep. En revanche, le silence de Washington, qui négocie depuis des semaines en tête à tête avec Moscou la reprise des négociations sur un règlement politique du conflit en Syrie, était assourdissant.

Le précédent de Homs

L’ONU est échaudée par d’autres «opérations humanitaires» similaires. En février 2014, elle avait facilité l’évacuation des derniers civils et combattants assiégés dans la vieille ville de Homs. Mais tous les hommes avaient été détenus pour être interrogés par les services de sécurité syriens. Au final, des dizaines de garçons ou d’hommes avaient été recrutés de force dans l’armée syrienne ou avaient carrément disparu.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui n’avait pas participé à l’évacuation controversée de Homs, est tout aussi circonspect. «Pour que nous nous impliquions, il faudra des garanties de sécurité de toutes les forces en présence. Les évacuations devront être volontaires. Les habitants, qui choisissent de rester à Alep, comme les personnes âgées, ne devront pas en subir les conséquences», énumère Krista Armstrong, porte-parole du CICR.

«Nous souhaitons que des corridors humanitaires s’ouvrent mais sous supervision internationale», plaide Tawfik Chamaa, le président de la section suisse de l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM), une organisation qui soutient les rares médecins – 31 docteurs pour 300 000 habitants – qui travaillent encore dans la partie orientale d’Alep. «Cela ne peut pas être la tâche du régime syrien et de la Russie qui continuent de bombarder la ville», dénonce-t-il. Le week-end dernier, selon l’UOSSM, quatre hôpitaux ont été une nouvelle fois visés à Alep et jeudi matin, au moment de l’annonce faite à Moscou, le secteur de Bustan Al-Qasr, pressenti pour être l’un des couloirs humanitaires russes, était pilonné.

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