L’opération Triton sous le feu des critiques

Italie L’agence européenne Frontex n’en ferait pas assez

Des ONG lancent leurs propres opérations de secours

Les naufrages à répétition en Méditerranée montrent l’inefficacité des moyens mis à disposition pour sauver les embarcations et leurs passagers en perdition. Tous en conviennent et les chefs d’Etat européens ont promis de se réunir jeudi pour annoncer des mesures supplémentaires. Ce faisant, ils ont prévenu par la bouche de Donald Tusk, le président du Conseil européen, qu’il ne fallait pas s’attendre à des améliorations spectaculaires. Face à ce vide, des ONG s’organisent, Médecins sans frontières (MSF) notamment, mettent en place des systèmes de sauvetage privés et affrètent des navires de secours. Mais la tâche à accomplir est colossale et dépasse les capacités des ONG.

MSF a décidé de lancer sa propre mission de sauvetage, en raison de l’urgence humanitaire et parce que, comme l’explique le président de MSF en Italie Loris De Filippi, «700 morts sur une seule journée, c’est le genre de chiffres qu’on ne rencontre que dans une zone de conflit intense. Mais cette tragédie humanitaire se déroule juste là, à nos portes, sans que l’Europe ne semble vouloir rien y faire.» Le but de l’opération, qui débutera en mai et sera pilotée conjointement par MSF et l’Organisation d’assistance aux migrants en mer, MOAS, est de sauver le plus de vies possible.

MSF n’est pas la seule sur le front du sauvetage. Un bateau financé par Harold Hoeppner, un entrepreneur allemand, philanthrope et humaniste, a quitté Hambourg dimanche dernier à destination de Malte, où il sera aussi basé comme le bâtiment de MSF. Le but est de patrouiller le long des côtes libyennes dans une zone où Triton n’opère pas. Deux bateaux ne suffiront pas à quadriller une zone grande comme dix fois la Suisse.

Loris De Filippi n’a pas d’illusions: «La vraie solution pour éviter des milliers de morts supplémentaires serait de mettre en place des voies d’accès sûres et légales pour les migrants et les demandeurs d’asile. Mais en attendant, la situation humanitaire créée par les politiques migratoires européennes est si catastrophique qu’elle ne nous laisse d’autre choix que la mise en place de cette opération de sauvetage.»

Ces initiatives font écho aux nombreuses critiques qui se sont élevées contre l’Union européenne et son agence Frontex, basée à Varsovie, en charge de l’opération Triton et accusée de ne pas en faire assez pour sauver les vies des migrants en Méditerranée. D’ailleurs, dès le lancement de Triton, Amnesty International avait prévenu de l’imminence d’un échec, car les Européens se trompaient d’objectif. Une accusation relayée dès le mois de février par le haut-commissaire des Nations unies pour les Réfugiés, Antonio Guterres, qui déplorait l’absence de moyens.

Plus largement, les ONG, notamment Amnesty International, dénoncent les options politiques retenues, car, comme l’explique Denise Graf, coordinatrice pour l’organisation de défense des droits de l’homme en Suisse, la fin de Mare Nostrum a été précipitée par les Européens, qui y voyaient un encouragement à l’immigration, selon la théorie de l’appel d’air, ce qu’elle dément: «En janvier 2015, 60% de personnes de plus qu’en janvier 2014 ont tenté la traversée. Les chiffres infirment donc l’hypothèse selon laquelle l’opération Mare Nostrum encouragerait les réfugiés.»

«Les chiffres infirment l’hypothèse selon laquelle Mare Nostrum encouragerait les réfugiés»