Il appelle ça faire le plein de vitamine P, P comme peuple. Andres Manuel Lopez Obrador, alias AMLO, est arrivé mercredi soir au Zocalo, la place centrale de Mexico, sous les vivats de 200000 partisans. Celui qui pourrait faire basculer le Mexique à gauche a conclu sa campagne électorale en expliquant comment il aidera 50 millions de Mexicains à sortir de la pauvreté: augmentation de l'investissement public, minimum vieillesse, lutte contre la corruption, austérité de l'Etat... «Je veux que nous vivions tous dans une société meilleure et qu'il n'y ait plus de privilèges», a-t-il asséné.

Ce veuf de 53 ans n'est pas issu de ces clans fortunés qui dominent la politique locale. Né dans une famille de petits commerçants de l'Etat de Tabasco, il se consacre aux Indiens de sa région natale avant de commencer sa carrière dans le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui a régné sur le Mexique pendant septante et un ans. Cofondateur du Parti révolutionnaire démocratique (PRD) en 1988, il est élu douze ans plus tard maire de Mexico.

Il se rend alors populaire en tenant ses promesses. Bousculant les habitudes des hauts fonctionnaires mexicains, ce moine-soldat de la politique impose aussi une austérité draconienne, divisant son salaire par deux, licenciant des centaines de conseillers trop bien payés et trop peu présents.

Mais l'ex-maire veut aussi s'adresser à toute la société. «Nous contrôlerons le déficit et nous éviterons l'inflation», a-t-il promis. Ce message, adressé aux chefs d'entreprise, est aussi une réponse à la droite mexicaine qui l'a comparé à Hugo Chavez, le sulfureux président vénézuélien. Car pour Felipe Calderon, son adversaire du Parti d'action nationale (PAN), la politique «populiste» d'AMLO pourrait ruiner les finances et détruire l'économie. Elle pourrait aussi, à terme, aboutir à l'émergence d'un nouveau «dictateur» de gauche.

Le PAN, qui est aussi le parti du président Vicente Fox, a insisté sur la capacité innée d'AMLO à mobiliser les foules. Candidat malheureux à une élection locale, en 1994, il avait convoqué une marche sur la capitale et accusé son adversaire de fraude; condamné dans une affaire de voirie qui aurait pu l'empêcher de se présenter à la présidentielle, il n'a dû son salut qu'à la pression des manifestants. Autant de manœuvres du pouvoir pour enrayer son ascension, estiment ses partisans. Mais dans un pays qui a vécu jusqu'en 2000 sous la férule d'un parti unique, l'argument a porté, et pas seulement chez les entrepreneurs. «Cette gauche mexicaine vient directement du PRI, rappelle Soledad Loaeza, éditorialiste au quotidien La Jornada. C'est une gauche nationaliste, autoritaire, interventionniste, qui n'a pas fait son aggiornamento. Ce n'est pas la social-démocratie qui fait peur aux Mexicains, mais l'autoritarisme. On l'a subi pendant septante et un ans, on ne veut pas que ça recommence.»