La crise financière offre à l'Allemagne et à la France une occasion opportune pour relancer une offensive annoncée en réalité depuis de longs mois, bien avant l'effondrement boursier de ces dernières semaines.Paris et Berlin s'étaient en effet concertés durant le printemps déjà pour ranimer la croisade contre les paradis fiscaux au sein de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), qui regroupe les principaux pays industrialisés.Les propos très durs tenus mardi par le ministre allemand des Finances, Peer Steinbruck, constituent donc un nouvel épisode dans le différend qui oppose durablement la Suisse à plusieurs de ses principaux partenaires commerciaux et financiers, dans un mouvement permanent de flux et de reflux. Sa fiscalité attractive couplée à un secret bancaire relativement opaque – il ne peut être levé qu'en cas de soustraction fiscale qualifiée, notamment si une fausse comptabilité est établie – cause également des difficultés à la Suisse dans ses relations avec l'UE sur la question de la fiscalité de l'épargne et de l'imposition des sociétés.En avril dernier, Paris et Berlin annonçaient leur volonté de convoquer une réunion des ministres de l'OCDE dans le but, en particulier, d'élargir la liste noire des pays qualifiés par l'organisation de «paradis fiscaux non coopératifs».

La Suisse n'est pas un paradis fiscal

Membre fondateur de l'OCDE, la Suisse ne figure pas sur cette liste qui n'a jamais visé que des pays ou des juridictions extérieurs à l'organisation. La Suisse s'est abstenue, il est vrai, d'approuver le rapport initial de 1998 sur «la concurrence fiscale dommageable». Elle a néanmoins modifié ou abrogé les deux régimes fiscaux critiqués par ce rapport relatifs aux sièges sociaux.Elaborée pour la première fois en 2000, la liste noire comptait 35entités, dont, notamment, les nombreux territoires britanniques indépendants ou d'outre-mer, les Antilles néerlandaises, les Bahamas et les îles Vierges (Etats-Unis). Ces territoires ont par la suite fourni des garanties, et l'OCDE a resserré sa liste sur les paradis fiscaux «non coopératifs». A ce jour, seuls Andorre, le Liechtenstein et Monaco sont encore considérés comme tels.

Le Luxembourg aussi

A Berne, le Département fédéral des finances n'entend pas réagir et s'est contenté «de prendre connaissance» des déclarations franco-allemandes, soulignant que les 17 pays regroupés derrière Paris et Berlin sur les 30 que compte l'organisation ne représentent pas l'OCDE.Le Luxembourg, qui est également visé par l'initiative franco-allemande, a réagi de manière analogue. Son premier ministre, Jean-Claude Juncker, s'est déclaré «tout à fait ouvert pour discuter des vertus du secret bancaire», mais a fait savoir qu'il n'était pas prêt à se rendre à une «convocation» de la France et de l'Allemagne.