Avec le débat sur les impôts, la campagne électorale allemande touche déjà aux sujets qui fâchent, quatre jours après la dissolution du Bundestag. L'éventuelle augmentation de la TVA de 16 à 18%, évoquée par les chrétiens-démocrates, pourrait même semer la zizanie entre les partis de l'opposition. Lundi, à l'occasion de la présentation de leur programme électoral, les libéraux du petit parti FDP ont rejeté catégoriquement cette éventualité et annoncé que la question serait au cœur des négociations avec leur partenaire de la CDU en vue du contrat de coalition.

La hausse de la TVA, qui devrait ramener 16 milliards supplémentaires à l'Etat, «va frapper surtout les familles nombreuses qui ne peuvent pas réduire leur consommation», selon des experts fiscaux. Pour les libéraux, qui préconisent une baisse générale de la fiscalité, l'idée d'augmenter l'impôt sur la consommation pour compenser une baisse des cotisations de l'assurance chômage, «serait un mauvais signal et ne ferait que colmater un trou dans un système qui a un urgent besoin d'être complètement réformé». Selon le secrétaire général du FDP, Dirk Niebel, «une hausse de la TVA serait un poison pour la conjoncture économique».

Pour relancer la création d'emplois, les libéraux préconisent une simplification et une baisse générale des impôts sur le revenu. Et ils proposent de trouver l'argent en sabrant dans les dépenses de l'Agence fédérale pour l'emploi où ils espèrent épargner plus de 15 milliards d'euros en supprimant diverses prestations, notamment les services de placement et le soutien à la création d'entreprises personnelles, les fameuses Ich-AG.

Alors que les grands partis s'empêtrent dans la recherche de financements, le nouveau parti de l'extrême gauche, né de l'alliance entre les néocommunistes du PDS et les membres de l'alternative pour le travail et la justice sociale (WASG), se frotte les mains. Les sondages lui donnent jusqu'à 12% des intentions de vote. Et le PDS, qui a changé de nom pour prendre celui de Parti de la gauche et ainsi accueillir sur ses listes les déçus de la sociale-démocratie, pourrait même devenir le premier parti dans les Länder de l'est avec 31% des voix.

Grande coalition noire-rouge

Du coup, la CDU profite peu, dans les sondages, de la chute libre des sociaux-démocrates. Son avance s'érode depuis quelques semaines et l'alliance de l'opposition frôle les 50%. Ce qui pourrait contraindre la CDU à admettre les sociaux-démocrates dans une grande coalition noire-rouge pour se partager le pouvoir. De son côté, Gerhard Schröder, qui mise avant tout sur sa bonne image de représentant de l'Allemagne à l'étranger, espère remonter la cote de son parti lors de confrontations télévisées avec Angela Merkel. Il souhaite au moins deux duels directs avec sa challenger, comptant sur le fait qu'une majorité d'Allemands serait inquiète de la volonté de la présidente de la CDU de réaligner la politique étrangère allemande sur celle des Etats-Unis.