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Le président russe Vladimir Putin (à droite) s’exprime aux côtés du Premier ministre et président du parti Russie unie aux quartiers généraux du parti. (AFP/Alexei Druzhinin)
© Alexei Druzhinin

Russie

L’opposition démocratique russe est exclue de la Douma

Le parti Russie unie emporte une victoire écrasante aux élections législatives de dimanche sur fond d’abstention inégalée depuis vingt-cinq ans et de nombreuses fraudes

Le système politique russe ne fait plus semblant d’être monolithique. Le parti du président Vladimir Poutine a remporté dimanche 105 sièges supplémentaires à la Douma (Chambre basse du parlement). Grâce à un système électoral taillé sur mesure, n’ayant obtenu que 54% des voix, Russie unie emporte cependant 76% des sièges avec 343 députés sur 450, et peut ainsi apporter des changements à la Constitution. La soumission du pouvoir législatif au pouvoir exécutif sera désormais totale, puisque Russie unie approuve tout texte voulu par le Kremlin.

Les trois autres partis encore présents à la Douma (communistes, nationalistes du LDPR et socialistes de Russie juste) font partie du «système», c’est-à-dire qu’ils suivent la ligne du Kremlin et ne critiquent jamais Vladimir Poutine. Deux sièges échoient à deux petits partis: un à Rodina (extrême droite) et un pour Plateforme citoyenne (pro-Kremlin). Le seul député élu comme «indépendant», siège en fait au conseil dirigeant de Russie unie. Vladislav Reznik a fait campagne sans étiquette pour ne pas entacher la réputation de son parti, car la justice espagnole le soupçonne de liens avec le grand banditisme. La véritable opposition, qui comptait encore un siège lors de la précédente assemblée, a été totalement éliminée.

Participation réelle de 35%

De nombreuses fraudes ont entaché les législatives de dimanche, note Golos. L’ONG russe spécialisée dans l’observation du processus électoral a reçu 1798 plaintes sur des falsifications durant le scrutin. Elles concernent des «tournantes» (groupes d’électeurs chargés de voter dans plusieurs bureaux de votes pour le même candidat), du bourrage d’urnes et des pressions des autorités sur les électeurs. Sergueï Chpilkine, un statisticien reconnu dans son expertise de la détection de fraude électorale grâce à sa modélisation mathématique des résultats officiels, affirme que la fraude a été massive. Il assure que la participation réelle n’a été que de 35% (au lieu de 47%) et que jusqu’à 45% des voix obtenues par Russie unie sont falsifiées.

Dans un communiqué publié lundi, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dit avoir observé «de nombreuses irrégularités dans le décompte des voix» et note que «les autorités locales ont été surprises faisant usage de leurs ressources administratives et ne se sont pas toujours comportées de manière neutre face aux rivaux». Golos et l’OSCE ont néanmoins noté que la fraude était moins importante que lors du scrutin précédent de 2011, qui avait déclenché sur des manifestations massives.

Redécoupage électoral

L’objectif du Kremlin est d’éviter la répétition de manifestations. Outre le contrôle des médias, le pouvoir a utilisé une astuce «démobilisatrice» consistant à avancer le scrutin de décembre à septembre, pour que la campagne se déroule au moment où le maximum de citadins sont en vacances. En parallèle, un redécoupage systématique des circonscriptions électorales a permis de diluer le vote contestataire, habituellement concentré dans les centres urbains, avec des zones rurales, à la fois plus conservatrices et plus vulnérables aux pressions administratives, note la sociologue Ella Paneïakh.

En excluant une grande partie de l’électorat de toute représentation politique, le Kremlin risque tôt ou tard d’être confronté à une contestation dans la rue.

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