L’opposition russe forme une coalition

Europe Le parti Parnas veut réunirles leaders de l’opposition libérale au Kremlin

L’ancien premier ministre Kassianoven prend la tête

L’opposition russe regroupe progressivement ses forces. Elu dimanche président d’une coalition de partis, Mikhaïl Kassianov a invité les deux principales figures de l’opposition russe, Alexeï Navalny et Mikhaïl Khodorkovski, à rejoindre sa formation. «Ni Alexeï Navalny, ni Mikhaïl Khodorkovski ne seront élus aujourd’hui coprésidents de notre parti. Mais je pense que dans le futur, cela se fera», a déclaré l’ancien premier ministre peu avant le vote. A l’occasion du congrès des membres du parti RPR-Parnas, ce dernier a été rebaptisé simplement Parnas, un acronyme russe pour «Parti de la liberté du peuple». Alexeï Navalny et Mikhaïl Khodorkovski entretiennent de bons rapports avec Parnas, mais n’ont pas encore réagi à l’invitation de Kassianov.

Davantage une coalition qu’un parti, Parnas regroupe plusieurs composantes de l’opposition démocratiques à Vladimir Poutine, de la gauche modérée à l’aile libérale du spectre politique russe. Parnas fonctionne depuis plusieurs mois au sein d’une alliance plus large, baptisée Coalition démocratique. Cette alliance a permis à plusieurs partis, dont celui du champion de la lutte anti-corruption Alexeï Navalny, d’organiser des primaires pour avancer des candidats uniques de l’opposition dans plusieurs scrutins locaux.

Officiellement enregistré comme parti par le Ministère de la justice russe, Parnas a pour principal avantage d’être conçu comme un véhicule capable de participer aux scrutins. Ce n’est pas le cas de la plupart des autres partis de l’opposition, qui, à l’instar du Parti du progrès d’Alexeï Navalny, se sont vu refuser l’enregistrement. Pour le politologue Mikhaïl Vinogradov, Parnas est davantage une structure sur la base de laquelle une alliance pourrait naître grâce à un leader plus énergique, comme Alexeï Navalny, ou plus reconnu, comme Mikhaïl Khodorkovski. «A présent, Parnas se trouve dans un état à demi congelé, et ne sera activé qu’avec l’apparition d’un allié sérieux», conclut l’expert.

L’opposition a été brutalement tirée de sa torpeur par l’assassinat en février dernier de l’opposant Boris Nemtsov sous les murs du Kremlin. Ce dernier coprésidait alors RPR-Parnas avec Mikhaïl Kassianov. Alors que l’enquête sur la mort de Boris Nemtsov progresse difficilement, les membres de Parnas ont réclamé à l’unanimité dimanche une enquête internationale.

La direction politique de Parnas reflète une orientation libérale, favorable à l’intégration de la Russie dans le monde occidental et au rapprochement avec l’Union européenne. Sur le volet de la politique étrangère, le parti se trouve aux antipodes du Kremlin: l’annexion de la Crimée est violemment critiquée, comme sont dénoncées les activités militaires russes dans l’est de l’Ukraine. Mikhaïl Kassianov s’est lamenté dimanche que «la Russie retombe dans son passé, alors que le scénario soviétique d’un éclatement du pays est de plus en plus probable».

Problème: la politique étrangère du Kremlin, présentée comme une revanche après une longue humiliation, fait recette auprès de la population. Le président russe est crédité par les instituts de sondage d’un taux de popularité dépassant les 80% depuis l’annexion de la Crimée. A l’inverse, Alexeï Navalny, le plus populaire des dirigeants de l’opposition ne récolterait qu’1% des voix d’après le Centre Levada, si les élections présidentielles se déroulaient demain.

La machine à broyer l’opposition est passée par là. Depuis son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine a privé les opposants d’accès à la télévision, un média réduit à chanter les louanges du président. Les opposants ne parviennent à se faire connaître que de la partie la mieux informée de la population, et font constamment face à des campagnes de diffamation. Le maire de Novossibirsk a, par exemple, déclaré la semaine dernière que la Coalition démocratique «a reçu 20 millions de dollars du Congrès américain pour organiser une révolution [pro-occidentale]».

Aux ordres du Kremlin, la police et la justice harcèlent toute personne ou société finançant l’opposition (c’était le cas de Mikhaïl Khodorkovski). Des dizaines d’opposants ont été incarcérés et, désormais, l’intimidation peut aller jusqu’au meurtre, comme l’a montré l’élimination de Boris Nemtsov.

L’opposition conserve toutefois l’espoir qu’un travail acharné de porte à porte changera la donne. Ainsi, Vladimir Milov, un des leaders de la Coalition démocratique, estime qu’il «faut parler directement aux gens. Et vous verrez que ces 84% qui aiment Poutine n’existent pas».

«Le scénario d’un éclatement du paysest de plus en plus probable»