La coalition nationale de l’opposition syrienne était sur le point de franchir un pas crucial vers la formation d’un gouvernement provisoire lundi soir, à l’heure de mettre sous presse, avec l’élection d’un premier ministre. Faute de consensus, le groupe, reconnu comme seul représentant légitime de l’insurrection syrienne, avait repoussé ce moment à deux reprises depuis sa formation en novembre dernier au Qatar. «Les discussions sont en bonne voie!» assurait hier soir l’un des porte-parole de la coalition réunie à Istanbul. Parmi la dizaine de candidats en lice, trois noms se démarquaient: Assaad Moustapha, ancien ministre de l’Agriculture sous la présidence d’Hafez el-Assad, puis de son fils Bachar; l’économiste Oussama al-Kadi; et le favori, Ghassan Hitto.

Manque de moyens

Il y a quatre mois, l’opposition syrienne s’était donné pour mission d’ancrer sa légitimité dans les territoires syriens aux mains des rebelles. Mais ses membres étaient partagés sur l’opportunité de se choisir un premier ministre, sans avoir l’assurance qu’il soit à même d’asseoir son autorité. L’homme aura pour tâche de gouverner les zones qui échappent au contrôle de Damas jusqu’à la chute du régime. En outre, la coalition manque cruellement de ressources. «Pour mettre en place un gouvernement, il faut avoir des moyens et une protection. Or, les promesses de la communauté internationale tardent à se traduire en acte», relève Ignace Leverrier, ancien diplomate français en Syrie. En janvier, précise-t-il, la coalition n’avait récolté que 400 000 dollars, sur les 200 millions promis lors de sa création. «S’ils s’installent et qu’ils ne peuvent assurer le maintien de l’ordre dans les zones libérées, ils risquent d’être discrédités», poursuit l’expert.

Premier gage de soutien de la part des groupes actifs sur le terrain, le chef d’état-major de l’Armée syrienne libre (ASL), Selim Idriss, participait aux débats à Istanbul hier soir. Son appui sera essentiel au nouveau chef de l’exécutif, qui devra coordonner ses actions avec les factions armées sur le terrain. L’élection d’un premier ministre n’a aucune chance d’aboutir sans l’accord de l’opposition intérieure. «Le gouvernement transitoire devra travailler à l’intérieur de la Syrie, dans les villes libérées par l’ASL. Il devra apporter son soutien économique, social et logistique. Sa mission première sera d’aider les citoyens syriens», souligne le porte-parole de la coalition.

Le favori Ghassan Hitto aurait les faveurs des Frères musulmans, qui dominent le Conseil national syrien, l’une des principales factions de la coalition de l’opposition. Né à Damas en 1963, cet homme d’affaires a passé près de vingt-cinq ans à Washington, où il a été cadre dans des entreprises de haute technologie, avant de rejoindre les rangs de l’insurrection en Turquie fin 2012. Chargé depuis de coordonner l’aide humanitaire vers la Syrie, il a noué de nombreux contacts avec les groupes d’opposants actifs à l’intérieur du pays, tout en s’imposant comme une figure de la révolution auprès de gouvernements étrangers et des ONG. «C’est un homme de valeur, respecté, commente Ignace Leverrier. Les gens pensent qu’il saura rassembler. Il est énergique et possède de l’autorité. Et il a le sens de l’organisation.»