Russie

L’opposition à Vladimir Poutine marque des points à Moscou

Plusieurs arrondissements de la capitale ont échappé dimanche au contrôle du parti au pouvoir. A six mois des élections présidentielles, une nouvelle figure se dresse contre le Kremlin

La grogne des Moscovites contre les autorités s’est traduite dimanche par une rare – et toute relative – victoire de l’opposition à six mois des élections présidentielles. 13 arrondissements du centre de Moscou sont passés entre les mains de candidats de l’opposition, d’après des résultats encore partiels. 200 des 1000 candidats présentés par l’Union des Démocrates siégeront dans les conseils municipaux, apportant une victoire personnelle à leur tête de liste Dmitri Goudkov.

L’opposition a symboliquement ravi chacun des douze sièges de l’arrondissement où a voté dimanche le président Vladimir Poutine. En province, où le «contrôle administratif» s’avère traditionnellement plus fort, la situation reste sous le contrôle du parti au pouvoir. Conscient de l’érosion de sa formation, le Kremlin préparerait la démission de dix gouverneurs impopulaires. Partout, le taux de participation a atteint des records de faiblesse, avec par exemple 15% à Moscou.

Si l’on tient compte du contexte spécifique dans lequel se déroulent les élections en Russie, la satisfaction des opposants est légitime. Les adversaires du pouvoir font campagne dans des conditions extrêmement défavorables. Ils n’ont accès ni aux grandes chaînes de télévision, ni à un financement adéquat, en raison des pressions administratives exercées sur ceux qui osent les soutenir.

«Tolérance zéro pour les violations»

«Nous avons pris le centre-ville», s’est réjouit Maxime Katz, le directeur de campagne de l’Union des Démocrates à Moscou. «Notre victoire est incomplète, mais c’est une victoire», a commenté Dmitri Goudkov sur sa page Facebook. Le porte-parole du Kremlin a remis lundi les choses à l’endroit.

«À Moscou, Russie Unie [le parti du pouvoir] a obtenu la majorité. Indiscutablement, certains vainqueurs appartiennent à d’autres partis, et c’est magnifique […], c’est justement ça la concurrence politique.» Selon Dmitri Peskov, ce qui caractérise ce scrutin, c’est la «tolérance zéro pour les violations».

Les preuves du contraire pullulent pourtant. Une vidéo postée sur YouTube montre la responsable d’un arrondissement de banlieue enseignant à un «observateur» du scrutin les méthodes susceptibles d'«augmenter le nombre de votes en faveur de nos soutiens», tout en lui passant des enveloppes contenant des «avances» et un «bonus». D’autres vidéos montrent des employés municipaux pénétrant dans des cages d’escalier pour retirer des boîtes à lettres les tracts de l’opposition.

Moscou est traditionnellement plus favorable à l’opposition

Comme lors de chaque scrutin, des manipulations de listes électorales et des cas de bourrage d’urnes ont été observés dans de multiples endroits. Le jour du vote, une vidéo montrant des travailleurs sociaux chargés de faire du porte-à-porte chez des personnes âgées, afin de les forcer à voter pour un candidat du pouvoir, a été postée sur YouTube. L’ONG Golos, spécialisée dans l’observation des scrutins, a dénombré 600 plaintes. La Commission électorale, fermement contrôlée par le Kremlin, n’a, elle, enregistré «aucune violation grave».

Moscou est un terrain traditionnellement plus favorable à l’opposition. Sa figure de proue Alexeï Navalny avait emporté près d’un tiers des voix lors de l’élection à la mairie en 2013. Lundi, il a félicité Dmitri Goudkov pour une victoire à laquelle il n’a pas contribué. Ni Navalny, ni son parti n’étaient autorisés à se présenter.

L’opposant préfère se concentrer sur son duel avec Vladimir Poutine lors de la présidentielle du 16 mars prochain, même si diverses barrières administratives risquent fort de l’en priver. L’émergence de Dmitri Goudkov pourrait encore compliquer ses desseins. Mais elle a de quoi inquiéter aussi le Kremlin.

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