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Alexeï Navalny,  chef de file de l’opposition radicale au Kremlin, excluait toute alliance future avec Ksenia Sobtchak, venue le voir à son siège précisément dans cette intention.  
© YEVGENY FELDMAN/EPA

Russie

L’opposition à Vladimir Poutine réduite à l’impuissance

Combat de longue haleine ou lutte perdue d’avance? Les opposants à Vladimir Poutine tirent un sombre bilan du raz-de-marée électoral de dimanche

Les résultats des présidentielles n’étaient pas tombés dimanche soir que déjà l’opposition russe s’entre-déchirait. Alexeï Navalny, chef de file de l’opposition radicale au Kremlin, excluait toute alliance future avec Ksenia Sobtchak, venue le voir à son siège précisément dans cette intention. S’entretenant avec Alexeï Navalny en direct sur une chaîne YouTube, la candidate de l’opposition libérale s’est fait qualifier de «menteuse», de «championne de l’hypocrisie […] qui n’a jamais dénoncé la corruption de Poutine» et de «caricature de candidat libéral faisant de la publicité pour du caviar noir et de la vodka, animant [contre rémunération] une soirée pour Gazprom, contre lequel je lutte». Face à ce tir de barrage, Ksenia Sobtchak a répliqué avoir «fait le maximum possible […]. Je veux que les gens voient que les opposants peuvent trouver un accord. Ce sont les électeurs qui paient pour nos divergences.»

Quelques minutes plus tard était annoncée la victoire écrasante de Vladimir Poutine avec 76,7% des voix, sur 56,4 millions de voix pour un taux de participation de 67,5%, un record historique. Ksenia Sobtchak n’a reçu que 1,7% des suffrages. La campagne de boycott des élections menée par Alexeï Navalny, qui en était exclu, n’est pas parvenue à discréditer le scrutin aux yeux des Russes.

55% ou 75% des voix, et alors?

Le candidat Pavel Groudinine, en seconde position avec 11,77% des voix, réalise le pire score du Parti communiste depuis 1992. Lui et le troisième candidat, Vladimir Jirinovski (nationaliste, 5,65%), font partie de «l’opposition approuvée» par le Kremlin: ils sont autorisés à siéger au parlement, ne critiquent pas Vladimir Poutine et applaudissent sa politique étrangère. Laissant glisser son masque de rival, Vladimir Jirinovski a annoncé avec satisfaction lundi que ces élections présidentielles «furent les dernières», car d’ici à 2024, «la présidence sera remplacée par un Conseil d’Etat qui ne sera pas élu mais désigné». La Constitution russe interdit à Vladimir Poutine de se représenter pour un troisième mandat consécutif en 2024.

L’opposant Guennadi Goudkov, 61 ans, reconnaît l’incapacité de l’opposition à influencer le cours des événements. «Même si 10 millions de voix ont été ajoutées au score de Poutine [comme l’affirment plusieurs spécialistes des fraudes électorales], cela ne change rien, car une majorité de Russes a clairement voté pour lui. 55% ou 75% des voix, et alors?» explique cet ancien député du parti Russie juste, proche du Kremlin jusqu’aux grandes manifestations de 2011, déclenchées par des fraudes électorales massives aux législatives.

Retour de l’absolutisme

Le problème est ailleurs, dans l’histoire tragique du pays, explique cet homme qui a aussi travaillé au contre-espionnage du KGB, puis de son héritier le FSB. «Nous assistons au retour de l’absolutisme car nous n’avons pas de tradition qui limite le pouvoir du chef. Le peuple russe a traversé 500 ans de servage, c’est-à-dire d’esclavage, et le pouvoir tend à renvoyer ses sujets à un état d’esclavage pour lequel ils sont mentalement prêts.»

Guennadi Goudkov juge secondaires les problèmes de stratégie et de division de l’opposition face au déluge propagandiste qui s’est abattu sur les Russes depuis le début du troisième mandat de Vladimir Poutine en 2012, et qui s’est encore accentué en 2014 avec l’annexion de la Crimée. «Aujourd’hui, l’opposition ne peut rien faire car le chauvinisme imposé au peuple fonctionne au niveau du subconscient, au niveau émotionnel, et nous ne parvenons pas à influencer les gens avec un discours argumenté rationnel. Les gens réagissent avec leur instinct. Ils croient que le pays est cerné par les ennemis. Nous avons déjà vu ce processus à l’œuvre dans l’histoire, en Allemagne en 1933.»

La destinée du pays est entièrement entre les mains de Vladimir Poutine, estime Guennadi Goudkov: «Soit il choisit l’absolutisme, soit on en reste au régime actuel, qui laisse la voie ouverte à un retour à la démocratie. Il me semble que Poutine ne veut pas faire couler le sang, ce qui serait atteindre le point de non-retour.»

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