Syrie

L’option punitive de Barack Obama

La Russie fournira des armes à Syrie en cas de conflit, a affirmé Vladimir Poutine à la fin du sommet du G20, vendredi à Saint-Pétersbourg

Barack Obama défendra mardi auprès de ses compatriotes son projet d’une intervention militaire «ciblée et limitée» en Syrie. «Il est de mon devoir d’expliquer pourquoi il serait juste d’agir ainsi», a-t-il déclaré, la voix posée mais déterminée, lors de sa conférence de presse de clôture du sommet du G20. «Mais, parfois, je dois aussi prendre des initiatives parce qu’elles sont justes à mes yeux.»

Le président des Etats-Unis est arrivé jeudi à Saint-Pétersbourg avec l’objectif de convaincre ses ­homologues de décider une action punitive contre le régime de Damas pour avoir utilisé des armes chimiques contre la population.

Avant le sommet, son hôte russe, le président Vladimir Poutine, allié historique de la Syrie, avait martelé qu’il manquait encore des preuves concrètes pour incriminer Bachar el-Assad. L’Union européenne, par la voix d’Herman Van Rompuy, ­président du Conseil, a plaidé pour une solution politique. Pour sa part, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a demandé que toute décision soit prise à la lumière des résultats de l’enquête effectuée sur place par les enquêteurs onusiens.

«Le monde ne peut pas attendre des procédures sans fin qui augmentent la souffrance en Syrie et l’instabilité dans la région, a poursuivi le chef de la Maison-Blanche. Mon objectif est de bannir l’utilisation d’armes chimiques. Gazer des innocents, y compris des enfants, est quelque chose que nous ne faisons pas.» Il a rappelé que le peuple américain était opposé à une intervention militaire au Kosovo, mais a été soulagé lorsque la mission a été remplie.

Déclaration signée

Allié des Etats-Unis, la France a également insisté pour une intervention. «Une action militaire accélérera la recherche d’une solution politique», a martelé le président, François Hollande. Il a fustigé ceux qui utilisent tous les moyens pour retarder une solution. Soutien bienvenu aux interventionnistes américains et français, une déclaration a été signée par 11 pays, dont l’Australie, le Canada, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud, l’Arabie saoudite, l’Espagne, la Turquie et le Royaume-Uni, appelant à une «réponse internationale forte» au recours à l’arme chimique par Damas, dont ils estiment que la responsabilité a été «clairement» établie dans l’attaque du 21 août.

«En cas de conflit, nous allons aider la Syrie. Nous leur fournirons des armes comme nous le faisons déjà maintenant, a rétorqué le président russe lors de son point de presse pour conclure le sommet du G20. Une intervention américaine serait une provocation et signifierait de l’instabilité pour toute la région.» Il a ajouté qu’une telle action serait une violation unilatérale des règles internationales. Pour Vladimir Poutine, les Etats-Unis n’avaient à pas s’immiscer dans les affaires syriennes, «parce que leurs intérêts ne sont pas menacés».

Le chef du Kremlin a allégué que les opposants syriens auraient très bien pu utiliser des armes chimiques pour attirer le soutien des Etats-Unis et d’autres puissances dans le conflit interne.

Il n’y avait aucun tête-à-tête prévu entre Barack Obama et Vladimir Poutine lors du sommet, en raison des tensions liées à la Syrie mais aussi à l’Américain Edward Snowden, à qui la Russie a accordé l’asile politique. Celui-ci est recherché par la justice américaine pour avoir divulgué des secrets d’Etat, notamment sur les systèmes d’interception des messages électroniques par la National Security Agency.

«Mais nous nous sommes rencontrés et avons discuté poliment pendant une vingtaine de minutes, a révélé le président russe. Nous avons écouté les arguments de l’un et de l’autre mais nous avons campé sur nos positions.»

Vladimir Poutine a enfin annoncé qu’une rencontre entre le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, devrait avoir lieu prochainement.

Publicité