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Ce vendredi 7 juillet, à New York, 122 Etats membres des Nations unies ont approuvé un traité d’interdiction des armes nucléaires. Seuls les Pays-Bas, membre de l’OTAN, s’y sont opposés et un Etat s’est abstenu.
© Mary Altaffer / AP Photo

ONU

L’Organisation des Nations unies adopte un traité d’interdiction des armes nucléaires

C’est une première. Il n’y a jamais eu jusqu’ici de traité interdisant les armes atomiques. 122 Etats membres ont voté en faveur d’une telle interdiction. Les puissances nucléaires ont boycotté les négociations au même titre que le Japon. La Suisse, comme l’Allemagne, ne juge pas la méthode idéale. Elle a voté pour le traité, mais craint qu’il ne polarise davantage les discussions en vue d’un désarmement nucléaire

A l’heure où le président américain Donald Trump fait peser de lourdes menaces sur la Corée du Nord qui a procédé il y a quelques jours à un nouvel essai de missile balistique intercontinental, la nouvelle ne manque pas de piquant. Vendredi à New York, 122 Etats membres des Nations unies ont approuvé un traité d’interdiction des armes nucléaires. Seuls les Pays-Bas, membre de l’OTAN, s’y sont opposés et un Etat s’est abstenu. Le traité prône l’interdiction totale du développement, du stockage et de la menace d’utilisation d’armes nucléaires. 50 pays devront ratifier le traité pour qu’il entre en vigueur.

Aujourd’hui, le monde a franchi une étape historique en vue de rendre illicites ces armes inhumaines qui frappent sans discrimination

Peter Maurer, président du CICR

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) ainsi que les puissances nucléaires indienne, pakistanaise, nord-coréenne et israélienne ont boycotté les négociations de New York qui faisaient suite à une résolution de l’Assemblée générale adoptée l’an dernier. S’agit-il d’une mesure purement symbolique? Le traité, négocié sous l’impulsion de l’Autriche, du Brésil, du Mexique, de l’Afrique du Sud et de la Nouvelle-Zélande n’en émet pas moins un message fort dans un contexte d’instabilité géopolitique. Il pourrait toutefois avoir peu d’effets concrets.

Le Comité international de la Croix-Rouge, qui a participé aux discussions à New York, se félicite de ce premier pas dans la bonne direction par la voix de son président Peter Maurer: «Aujourd’hui, le monde a franchi une étape historique en vue de rendre illicites ces armes inhumaines qui frappent sans discrimination – un point de départ crucial vers leur élimination future. Cet accord constitue une victoire importante pour l’humanité tout entière. Le CICR est convaincu que le nouveau traité constitue une base solide pour lutter contre la prolifération des armes nucléaires et ouvre la voie à leur élimination.»

La Suisse et l’Allemagne inquiètes

La Suisse s’était abstenue lors du vote en 2016 sur la résolution. Elle a toutefois participé aux négociations. Au même titre d’ailleurs que l’Allemagne, elle a longtemps estimé que ce n’était pas le bon chemin à prendre, qu’il fallait avancer pas à pas avec les puissances nucléaires. Vendredi, elle a cependant voté pour le traité d’interdiction, estimant que l’objectif de vouloir combler une lacune juridique (les armes nucléaires ne sont pas interdites en droit international contrairement aux armes chimiques et biologiques) était pertinent, notamment au vu des valeurs humanitaires défendues par la Confédération. Mais elle demeure sceptique quant au résultat.

Selon elle, la norme ainsi créée ne sera pas universelle étant donné que le processus de négociation n’a pas été inclusif. Tant l’Allemagne que la Suisse craignent de fait que le nouveau traité affaiblisse le régime de non-prolifération nucléaire fondé sur le Traité de non-prolifération (TNP). Pour la Suisse, le vote de vendredi risque de polariser davantage encore les discussions sur la nécessité de procéder à un désarmement nucléaire. Les négociateurs suisses ont cherché à influer le contenu du nouveau traité et auraient aimé un renforcement plus marqué des procédures de l’Agence internationale de l’énergie atomique de Vienne.

Equilibre mondial fragilisé

L’équilibre de la terreur, qui a procuré une stabilité stratégique importante au cours de la Guerre froide entre l’Union soviétique et les Etats-Unis, est plus fragile aujourd’hui. Malgré diverses tentatives et de nombreuses sanctions, Pyongyang a continué à développer son programme nucléaire. Aujourd’hui, on le dit bientôt capable de frapper les Etats-Unis. En 2015, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et l’Allemagne ont réussi à conclure un accord historique avec Téhéran sur le programme nucléaire iranien soupçonné d’être de nature militaire. Pour l’heure, Téhéran se conforme pleinement au Plan d’action conjoint, estime l’AIEA. Mais les choses pourraient changer si l’administration Trump, qui vient de négocier des contrats d’armements pharaoniques avec l’Arabie saoudite, l’ennemi juré de Téhéran, devait faire de l’Iran son ennemi numéro un.

Quant au TNP, il n’a pas tenu toutes ses promesses non plus. En vertu de son article VI, les puissances nucléaires ont l’obligation de procéder à la réduction de leurs arsenaux qui, à l’échelle globale, équivalent à quelque 15 000 têtes nucléaires. La dernière initiative forte de désarmement fut le nouveau traité Start de réduction des armes stratégiques, négocié à Genève en 2009 et 2010 entre la Russie et les Etats-Unis.

Le traité Start menacé

Or même ce traité semble fragile. Donald Trump a menacé, voici quelques mois de le dénoncer. Un tel acte aurait des conséquences dangereuses. Le traité Start permet des contrôles mutuels des stocks d’armes nucléaires. Il permet dix-huit inspections réciproques par an des sites recensant des missiles balistiques intercontinentaux ou des lanceurs à partir de sous-marins. Ce dispositif a commencé au lendemain de la fin de la Guerre froide avec le premier traité Start conclu par Mikhaïl Gorbatchev et le président George Bush père, puis a été reconduit par la conclusion du traité de Moscou en 2002 avant de connaître une nouvelle version en 2010.

De toute évidence, la vision d’un monde dénucléarisé que Barack Obama a présenté lors d’un discours remarqué au printemps 2009 à Prague est loin d’être réalisée. Mais la pression sur les puissances nucléaires a néanmoins augmenté d’un cran vendredi à New York.


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