Lors de son ascension au pouvoir, en 2000, Vladimir Poutine avait choisi Londres comme premier grand déplacement international, manière de signifier sa volonté de rapprochement avec l'Europe. Depuis, les relations avec l'Occident se sont compliquées. Son successeur, Dimitri Medvedev, après un passage jeudi chez l'allié kazakh, a ainsi pris la direction de l'Orient pour inaugurer sa diplomatie en se rendant en Chine. Ce geste a évidemment valeur de symbole, la Russie réaffirmant par là son attachement à un monde multipolaire pour faire contrepoids à la puissance américaine et à ses alliés européens.

Vendredi, à Pékin, le président russe a signé divers contrats et déclarations communes avec son homologue Hu Jintao dont la vente d'une centrale nucléaire et l'extension d'une usine d'enrichissement d'uranium pour un montant d'un milliard de dollars. Les deux pays, dont la montée en puissance inquiète parfois leur voisin et suscite la méfiance des grandes capitales démocratiques, sont unis par un partenariat stratégique et font front commun aux Nations unies pour s'opposer à l'unilatéralisme de Washington, dont ils dénoncent par ailleurs les velléités de relancer la militarisation de l'espace.

Cette bonne entente, qui a permis de résoudre les derniers problèmes de frontières et de s'allier dans la lutte contre leurs «terroristes» musulmans dans le cadre de l'Organisation de coopération de Shanghai, demeure toutefois davantage dictée par des intérêts bien compris plutôt qu'une franche amitié.

Les dirigeants de ces deux empires autocratiques sont prompts à s'accorder sur la nécessité d'un pouvoir fort pour contrôler leur territoire respectif et rejeter le modèle politique occidental. Mais les relations entre leurs deux peuples sont «tièdes sinon distantes», note Yuan Jing-dong, professeur associé des études de politique internationale à la Monterey Institute of International Studies, cité par The Moscow Times.

Ancienne méfiance

L'ancienne méfiance entre les deux géants demeure en effet vive, en témoigne la faiblesse de leurs échanges commerciaux qui se sont élevés l'an dernier à seulement 48 milliards de dollars de marchandises, moins de 2% des volumes globaux traités par la Chine. A titre de comparaison, le commerce entre la Chine et les Etats-Unis est six fois plus élevé. Pékin espérait notamment une relation privilégiée avec Moscou pour profiter de ses hydrocarbures. Jusqu'ici, les Chinois ont en partie déchanté. Les deux pays sont par ailleurs en compétition pour capter le gaz naturel d'Asie centrale. La Chine se montre par contre un excellent client pour l'industrie de l'armement russe.