Les avions de l'OTAN ont mené dans la nuit de lundi à mardi un déluge de feu sans précédent en Yougoslavie, ont indiqué mardi des responsables de l'Alliance, en faisant état de «plus de 30 cibles visées» et du recours à «environ une centaine d'avions» pour ces raids qui ont produit de «bons résultats». Pourtant, le général britannique David Wilby, responsable militaire de l'Alliance, a reconnu qu'une «faute», liée à un défaut de guidage, «a pu être commise» lors des bombardements à Aleksinac (200 km au sud de Belgrade), provoquant des pertes civiles. L'OTAN, voulant bombarder des casernes à Aleksinac (Serbie), a pu toucher une zone résidentielle, a affirmé de son côté un responsable du Pentagone, citant «de premières informations selon lesquelles une bombe est tombée à côté de sa cible».

D'après l'expert en stratégie Albert Stahel, qui intervient quotidiennement dans les colonnes du Temps, l'explosion d'Aleksinac est due à un missile de croisière.

C'est la première fois depuis le lancement de sa campagne de frappes aériennes le 24 mars que l'OTAN évoque la possibilité de victimes civiles après ses raids. Les corps de 12 personnes ont été retirés mardi après-midi des décombres des maisons détruites à Aleksinac, a annoncé l'agence officielle yougoslave Tanjug. Un précédent bilan recueilli sur place par l'AFP faisait état de 7 morts et 28 blessés, tous des civils. Des dizaines d'immeubles d'habitation ont été détruits ou endommagés.

A Belgrade, le président Milosevic a dénoncé «les crimes des nouveaux nazis» de l'OTAN. «Ceux qui ont ordonné et exécuté le bombardement […] d'Aleksinac […] n'ont rien en commun avec le genre humain», a-t-il déclaré.

Poursuite des raids aériens

«Des frappes massives, les plus importantes» depuis le 24 mars, auront lieu ce mardi et la nuit prochaine contre la Yougoslavie, a averti à Paris le sous-chef des opérations à l'état-major des armées françaises, le général Xavier Delcourt. Faisant le bilan des opérations des frappes aériennes depuis le 24 mars, il a indiqué que les capacités aériennes serbes «n'existent pratiquement plus».

Le cessez-le-feu annoncé mardi par Belgrade «est clairement insuffisant» et «la campagne militaire aérienne va continuer», a déclaré mardi le porte-parole de la Maison-Blanche. Les conditions pour un arrêt des frappes de l'OTAN sont le retrait du Kosovo des forces serbes militaires et de police, l'acceptation par Belgrade d'une force militaire internationale au Kosovo et l'accord des autorités yougoslaves pour un Kosovo multiethnique, a précisé Joe Lockhart lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche. Les bombardements «commencent à avoir un impact», a déclaré de son côté Kenneth Bacon. Le président Bill Clinton s'est dit déterminé à poursuivre les raids aussi longtemps que nécessaire pour faire céder le président Slobodan Milosevic, qu'il a accusé «d'avoir créé un désastre au Kosovo».

Mardi soir, les sirènes ont retenti à 20 h 10 (18 h 10 GMT) à Belgrade, signalant un danger de bombardement de l'OTAN. La dernière alerte, déclenchée la veille à 20 h 03, avait été levée mardi matin à 7 h 40. AFP