Quatre obus de mortier sont tombés vendredi au centre de Tetovo, «capitale» des Albanais de Macédoine, au nord-ouest de Skopje. La matinée avait pourtant commencé calmement, après deux jours de combats autour de la ville, repeuplant les terrasses des cafés, selon les journalistes sur place. Mais dès la mi-journée, les affrontements entre forces spéciales macédoniennes et rebelles albanais ont repris intensément, «un déluge de feu» écrit l'AFP.

Beaucoup de Macédoniens, minoritaires à Tetovo, ont quitté la ville. Des Albanais commencent aussi à fuir: la Turquie et la Bulgarie ont noté une augmentation du nombre de personnes – surtout des femmes et des enfants – se présentant aux frontières. A Genève, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés s'inquiète: «Nous ne pouvons tout simplement pas accepter qu'une tragédie de plus frappe les Balkans, où des milliers de personnes ont été déracinées par une série de conflits violents au cours de la dernière décennie», a prévenu le haut commissaire Ruud Lubers.

Les affrontements au nord de la Macédoine durent depuis trois semaines. La conclusion d'un cessez-le-feu et la décision de l'OTAN d'autoriser les troupes yougoslaves à se rapprocher de la frontière sud du Kosovo – zone qui leur était jusqu'alors interdite – ont fait taire la guérilla albanaise qui sévissait dans la vallée de Presevo. La force internationale du Kosovo (KFOR) a également concentré des troupes le long de la frontière avec la Macédoine. Un dispositif qui a entraîné la fin des combats dans la zone de Tanusevci, bourgade toute proche du Kosovo. La situation s'est alors dégradée à Tetovo en écho aux propos d'un membre de l'Armée de Libération des Albanais de Macédoine (UÇK), joint hier par l'AFP: «On va continuer à se battre de tous les côtés, et si les Macédoniens lancent une offensive quelque part, cela explosera ailleurs», a précisé ce combattant qui a mentionné la ville de Kumanovo – située cette fois au nord-est de Skopje.

Assurer «l'inviolabilité des frontières»

Cette capacité de déplacement de la guérilla pose une question inquiétante à la KFOR. Doit-elle envisager d'étendre son action au-delà des frontières du Kosovo? Pour des raisons logistiques, quelque 4000 soldats internationaux sont déjà présents en Macédoine. George Robertson, le secrétaire général de l'Alliance atlantique, a rappelé vendredi à Athènes – alors que la Grèce comme la Macédoine plaident pour un engagement plus fervent de la force internationale dans le conflit – que l'OTAN «n'avait pas de mandat militaire pour des opérations à l'intérieur de la Macédoine». Elle se contentera donc d'assurer «l'inviolabilité des frontières» pour empêcher que les rebelles de Macédoine ne reçoivent des renforts du Kosovo. Mais est-elle en mesure de le faire? Selon le Financial Times, des diplomates de l'OTAN ont demandé que certaines des troupes stationnées en Bosnie-Herzégovine se déplacent pour renforcer les confins sud du Kosovo, témoignant ainsi de certaines difficultés.

Sur la question macédonienne, la nervosité des diplomates occidentaux va grandissant. Certains n'hésitent pas à tout miser sur la nouvelle alliance avec la Yougoslavie. «Il est très important que les forces yougoslaves et l'OTAN travaillent ensemble pour bloquer les activités des terroristes», a ainsi déclaré le rapporteur spécial des droits de l'homme de l'ONU en visite à Belgrade. La KFOR risque de ne pas pouvoir rester confinée dans un rôle de stabilisateur: une caserne abritant des soldats allemands a été prise vendredi pour cible près de Tetovo, provoquant la colère des responsables allemands.