Syrie

L'OTAN ne cherche pas la confrontation mais affûte ses armes

Selon le politologue néerlandais Marcel H. Van Herpen, Moscou a pris la coalition internationale de court en Syrie

L’Alliance atlantique (OTAN) s’est déclaré prête intervenir pour protéger ses membres, y compris la Turquie dont l’espace aérien a été violé en début de semaine par des avions russes. «Nous sommes capables de déployer nos forces et de défendre nos alliés contre tout type de menaces», a déclaré son secrétaire général Jens Stoltenberg à l’issue d’une réunion de ministres de la Défenses de pays membres jeudi à Bruxelles. Il a rappelé que l’OTAN est directement présente en Syrie par le biais de la coalition internationale menée par les Etats-Unis et dont le but est tant de combattre les forces de Daech que de déloger le régime de Bachar el-Assad.

Dans le même registre, le patron de l’OTAN a confirmé l’opération «Trident Juncture «qui aura lieu fin octobre et début novembre prochains. «Il s’agit du plus grand exercice militaire jamais organisé par les Alliés et qui mobilisera 30 000 hommes en Atlantique et en Méditerranée comme en Italie, en Espagne et au Portugal. Cette démonstration de force terrestre, navale et aérienne, selon Jens Stoltenberg, vise a montrer que l’OTAN dispose des infrastructures pour intervenir et protéger la frontière sud de ses Etats membres du Sud.

Le président russe a voulu prouver que l’OTAN n’est qu’un tigre de papier d’autant plus qu’elle n’osera jamais envoyer des troupes terrestres en Syrie».

Les propos de chef de l’OTAN ne rassurent toutefois pas Marcel H. Van Herpen, directeur de la fondation Cicero basée à Maastricht et spécialisée dans des études et d’analyses en matière de défense et de sécurité. Auteur de «Putin's Wars - The Rise of Russia's New Imperialism»(Rowman & Littlefield Publishers, 2014), il estime que l’initiative militaire de Moscou a pris la coalition internationale de court et que cette dernière ne sait toujours pas comment y réagir. «Le président russe a voulu prouver que l’OTAN n’est qu’un tigre de papier d’autant plus qu’elle n’osera jamais envoyer des troupes terrestres en Syrie", explique-t-il. Selon lui, Moscou a aussi voulu défier ouvertement Washington alors même que celui-ci ne cherche pas de confrontation directe avec la Russie. «Je suis certain que l’OTAN est en train de chercher la désescalade, mais ne voit pas comment y parvenir", dit le politologue.

Marcel H. Van Herpen s’inquiète d’une escalade dans le ciel syrien. Selon lui, un accident n’est jamais exclu, surtout que les tensions sont de plus en plus vives. «Ce serait l’étincelle qui mettrait le feu aux poudres, dit-il. Ni Moscou ni Washington n’a envie d’arriver jusqu’à là, mais les risques sont pourtant bien réels.

Selon le politologue néerlandais, le président Poutine serait prêt à prendre plus de risques dans la mesure où son agenda n’est pas seulement d’aider son allié syrien, mais aussi de détourner l’attention de la crise ukrainienne. Et d’affirmer que Moscou prépare une nouvelle offensive dans la région d’Odessa, sud de l’Ukraine au début de l’année prochaine.

Enfin Marcel H.Van Herpen affirme que l’intervention russe en Syrie vise, selon les calculs délibérés de Moscou, aussi à déstabiliser l’Union européenne. «L’intervention militaire en cours va inéluctablement pousser des milliers de personnes sur la route de l’exil en Europe", prédit-il.

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