C'est, dit-on, une vieille blague qui circule sur l'OTAN - NATO, en anglais: le sigle signifie Now Almost Totally Obsolete. Soit: «Actuellement presque totalement obsolète»... A Riga, le moribond s'est révélé d'une vivacité exemplaire: les chefs de gouvernement de l'Alliance ont, par exemple, offert à la Serbie le statut convoité de «partenaire pour la paix», qui est l'antichambre d'une adhésion. C'était inattendu, et spectaculaire: il y a sept ans à peine, les bombardiers de l'OTAN frappaient la Serbie, accusée de «nettoyage ethnique» au Kosovo.

Les 26 Etats membres de l'OTAN étaient réunis pour un mini-sommet mardi soir et mercredi matin. La réunion, dominée par l'Afghanistan, était consacrée à la «transformation» de l'Alliance, privée de son ennemi soviétique. La «transformation» frappait surtout le visiteur à son arrivée dans la capitale lettonne: rues désertes, navires de guerre sur le fleuve, policiers et soldats tous les vingt mètres sur les avenues, magasins clos, ni piétons, ni autos. Une ville morte.

Poursuite de la mue

Dans l'enceinte du sommet, l'activité était autrement plus intense. «Ce n'est pas la fin du travail, mais un pas important», a relevé le premier ministre belge, Guy Verhofstadt. Un nouveau sommet est déjà annoncé pour le printemps 2008, avant un autre l'année suivante - celle du cinquantenaire de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. Pas à pas, au fil des «déclarations» adoptées de sommet en sommet, l'OTAN poursuit sa mue.

En 1999, l'Alliance se dote d'un concept stratégique ouvrant la voie à des opérations «hors zone» (euroatlantique). En 2003, l'OTAN débarque timidement à Kaboul et, en 2006, voilà 32000 soldats embarqués dans une opération à haut risque en Afghanistan. A Riga, les Alliés ont adopté un nouveau document: une «directive de politique générale». Elle ouvre de nouveaux horizons, avec davantage de forces expéditionnaires susceptibles de s'engager sur des fronts lointains, celui de la lutte antiterroriste ou de la «réponse aux crises».

Parmi les nouveautés de papier qui se révéleront peut-être un jour réalité, les pays de l'OTAN ont décidé de se lancer dans la formation militaire des «partenaires» du Grand Moyen-Orient et des pays du pourtour méditerranéen. Plus tard, une académie pourrait être créée dans un pays arabe - un projet de Washington qui inquiète surtout Paris. La France s'était déjà opposée à tout planté de drapeau de l'OTAN en Irak. Les Etats-Unis ont par contre dû ravaler leur projet de «partenariats globaux» avec des pays pro-américains de la zone Asie-Pacifique: les «contacts» devront pour l'heure se limiter à des «réunions ad hoc».

Sécurité énergétique

Un autre projet avancé à Riga inquiète la «Vieille Europe», qui ne l'a pas bloqué pour l'instant: les responsables de l'Alliance sont invités à évaluer la «valeur ajoutée» de l'OTAN sur le terrain de la sécurité énergétique. La protection des pipelines face aux «nouvelles menaces» est en ligne de mire. C'est surtout la Pologne qui veut engager l'Alliance militaire sur ce terrain, inquiète d'une répétition des coupures de gaz russe à l'Ukraine.

Moscou ne pourra que se préoccuper du projet - comme de la «porte ouverte» de l'OTAN présentée à Riga à la Géorgie et à l'Ukraine. L'invitation lancée à Belgrade, mais aussi à la Bosnie et à la Macédoine, gênera moins la Russie. Elle a par contre suscité le «regret» de Carla Del Ponte, la procureure du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, qui reproche à ces pays de laisser courir des criminels de guerre. La décision prise à l'OTAN sous l'impulsion des Etats-Unis est un «donnant donnant», juge un diplomate, alors que la province serbe du Kosovo est promise bientôt à l'indépendance. Enfin, l'OTAN promet en 2008 de «lancer de nouvelles invitations» à rejoindre l'Alliance aux pays qui négocient leur adhésion: Croatie, Macédoine, Albanie. Mais Riga n'a pas précisé qui sera, ou seront, les bénéficiaires de l'invitation.