Le réalisme et les contraintes logistiques l’ont emporté. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) prendra dans les prochaines heures le commandement de la zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye. Cette décision apparaissait depuis plusieurs jours inévitable, compte tenu du désir des Etats-Unis de se retirer du commandement opérationnel des opérations aériennes, assuré jusqu’à aujourd’hui par l’état-major Afrique de l’armée américaine basé à Rammstein (Allemagne).

La France, qui s’opposait à tout leadership de l’OTAN pour ménager les pays arabes, a finalement cédé devant les impératifs matériels et militaires, tout en négociant une coordination politique séparée et l’inclusion des pays arabes dans le dispositif. L’idée, pour faire simple, est que l’OTAN interdise le ciel libyen aux forces de Kadhafi tandis que les éventuelles frappes au sol, si nécessaires, resteront l’apanage d’un petit groupe de pays, emmenés par la France et le Royaume-Uni. Le Qatar, avec six avions, et les Emirats arabes unis, avec douze appareils, participeront au dispositif. Ils devraient être inclus dans un «groupe de contact politique» dont les contours seront décidés mardi, lors d’une réunion à Londres.

Concrètement, le régime libyen du colonel Kadhafi se retrouve aujourd’hui pris dans une étreinte maritime, aérienne et financière.

Dans les airs, la zone d’exclusion aérienne, ou opération «Aube de l’Odyssée» dont l’OTAN reprendra bientôt le commandement, sera pilotée à partir de la base turque d’Izmir. Elle vise à empêcher tout survol du territoire de la Libye par des appareils non autorisés. Les vols civils vers Tripoli devraient être aussi concernés. Seules les liaisons à but humanitaire seront tolérées. Les frappes aériennes au sol, pour l’heure interrompues, pourront reprendre «si les populations civiles sont menacées», a estimé le président français Nicolas Sarkozy. L’OTAN, de son côté, a jugé que les frappes déclenchées depuis le début de l’opération ont «diminué de manière significative» la capacité de défense du régime Kadhafi.

Sur mer, plus de seize navires battant le pavillon de l’OTAN sont en cours de déploiement pour assurer l’application de l’embargo sur les armes décrété par la résolution 1973 de l’ONU. Cette opération, baptisée «Protecteur unifié», est commandée depuis le QG maritime de l’Alliance à Naples. Ces navires auront le droit d’intercepter tout bateau suspect et disposeront de commandos pour d’éventuels arraisonnements. Ils veilleront aussi à empêcher tout débarquement de mercenaires en Libye.

Côté financier enfin, un embargo pétrolier est étudié de près par l’UE, qui a déjà pris des sanctions ciblées importantes contre le colonel Kadhafi et son entourage. «L’Union européenne est prête à engager et à adopter de nouvelles sanctions, y compris des mesures pour s’assurer que les revenus du pétrole et du gaz n’atteignent pas le régime de Kadhafi», ont affirmé les dirigeants européens dans une déclaration adoptée à l’unanimité lors de leur sommet qui s’achève ce vendredi en début d’après-midi. L’une des compagnies visée par les sanctions existantes est la société pétrolière libyenne National Oil Corporation, plus cinq de ses filiales.

Le dernier élément du puzzle est le volet politique. Hier à Bruxelles, le président français Nicolas Sarkozy a répété que l’Union européenne «exige le départ du colonel Kadhafi» et «encourage le dialogue politique entre tous les Libyens». L’idée, plus que jamais, reste donc d’encourager la sécession et des défections dans l’entourage du «Guide de la révolution».