Une «dégringolade»: pour le porte-parole de l’opération de l’OTAN, conduite depuis le QG de Naples, en Italie, le délitement des forces restées fidèles au colonel Kadhafi s’est bien accéléré ces derniers jours. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui a pris le commandement de l’intervention alliée depuis le 31 mars, semble avoir enfin repris confiance en les forces rebelles, au vu de leur progression dans la région et à l’intérieur de la ville de Zawiya, à 50 kilomètres au sud de Tripoli. «Nos frappes aériennes coïncident avec des avancées significatives au sol. C’est comme cela qu’une guerre se gagne», a confirmé mardi le colonel Roland Lavoie par téléconférence.

Signe que les forces gouvernementales seraient acculées, l’OTAN a qualifié de geste «désespéré» le tir par les troupes gouvernementales libyennes d’un missile Scud, tombé hier à proximité de Brega, le port pétrolier assiégé depuis le début des hostilités par les rebelles. L’encerclement de cette ville stratégique s’est resserré au début du mois d’août, après une recrudescence des frappes aériennes de l’Alliance.

Dans la seule journée du 8 août, plus de 38 attaques sur 43 ont, selon l’OTAN, détruit des tanks et des installations logistiques de l’armée de Mouammar Kadhafi. Une partie significative des avancées dans cette partie du pays, notamment autour de la ville de Bir Ghanam, serait due au «bataillon Tripoli», un groupe de volontaires recrutés par les rebelles dans les faubourgs de la capitale et dans les localités côtières, puis entraînés plusieurs semaines dans les montagnes du Djebel Nefousa où le Conseil national de transition (CNT) a affirmé avoir dépensé plus de dix millions de dollars pour la formation et l’armement de ses troupes.

«Les conquêtes territoriales obtenues par les rebelles sont moins décisives que leur capacité à désorganiser et couper les défenses des Kadhafistes», complète un officier supérieur de l’OTAN. Le scénario, pour faire simple, consiste à couper au maximum Tripoli de son arrière-pays, pour empêcher le ravitaillement de la capitale en armes, tandis que les navires alliés filtrent tous les cargos qui croisent dans les parages. Les deux objectifs principaux de l’offensive rebelle sont l’autoroute du sud, qui permet aux forces gouvernementales de faire le lien avec les montagnes du Djebel Nefousa où les combats se poursuivent, et celle de l’ouest, vers la Tunisie.

Les avions de l’Alliance affichaient mardi au compteur 19011 sorties, dont plus de 7000 se sont soldées par des tirs. Plus de 2200 navires ont été interceptés.

La question compliquée, en revanche, est celle de la maîtrise du territoire par les insurgés, et surtout de leur capacité ou non à s’attaquer à Tripoli, où l’Alliance affirme avoir détruit ces jours-ci deux tanks, une installation radar et deux batteries de missiles anti-aériens. Le problème des munitions non explosées, jugé très préoccupant par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), rend aussi difficile le contrôle des flux de population. Ce défi militaire pèse d’autant plus lourd que les dissensions semblent toujours nombreuses entre les tribus de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine, laissant une marge de manœuvre au clan Kadhafi. La confrérie religieuse et violemment nationaliste des Senoussi, dont était originaire le roi Idriss et son neveu-héritier Hassan Al Rida, destitués par les «officiers libres» de Mouammar Kadhafi en août-septembre 1969, jouerait un rôle clef en coulisses pour éviter un futur bain de sang.

L’autre casse-tête, pour la coalition, est de ne pas voir le siège de Tripoli s’éterniser. Déjà, le CICR s’inquiète de la «pénurie de pompes, moteurs, générateurs et pièces détachées nécessaires à l’entretien, la réparation et la remise en état du réseau d’eau». La sécurité du personnel humanitaire est un autre problème: depuis mars, cinq volontaires du Croissant-Rouge libyen (le principal partenaire de la Croix-Rouge dans le pays) ont été tués et plusieurs autres blessés.