Protectorat, confédération, zone protégée, tout sauf une partition qui scellerait l'indépendance du Kosovo: l'OTAN a évoqué pour la première fois lundi des scénarios pour un règlement politique de la crise en manifestant sa volonté d'associer la Russie à ses efforts. Dans le même temps, les alliés ont affiché leur détermination en avertissant Slobodan Milosevic que les bombardements se poursuivront tant qu'il ne se plierait pas à leurs conditions.

«Nous sommes vraiment tous sur la même ligne», a estimé le Français Hubert Védrine à l'issue d'une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des 19 pays de l'OTAN à Bruxelles. La rencontre a été convoquée à la demande des Etats-Unis pour faire le point sur l'opération «Force alliée», entrée dans son vingtième jour. Elle a permis aux alliés de réaffirmer leur unité sur la stratégie suivie. «Nous sommes tous d'accord qu'il fallait faire ce qui est en cours», a souligné Hubert Védrine.

La déclaration publiée à l'issue de la réunion en témoigne. «La crise du Kosovo constitue une atteinte fondamentale aux valeurs de la démocratie, aux droits de l'homme et à la primauté du droit», peut-on y lire. «L'action de l'OTAN se poursuivra jusqu'à ce que le président Milosevic accède aux demandes de la communauté internationale», avertissent les alliés, y compris la Grèce, alliée traditionnelle de la Serbie. Le président yougoslave «perd et il sait qu'il perd», a renchéri Javier Solona, le secrétaire général de l'OTAN, en dénonçant des «pratiques barbares» au Kosovo.

L'Alliance atlantique a posé cinq conditions pour mettre un terme à ses bombardements: arrêt «vérifiable» de toute action militaire et fin de la violence et de la répression; retrait du Kosovo «des forces militaires, policières et paramilitaires»; déploiement «d'une présence militaire internationale»; retour «inconditionnel et en sécurité de tous les réfugiés et déplacés» et, enfin, établissement d'un cadre politique «sur la base des Accords de Rambouillet».

Au début d'une semaine qui pourrait s'avérer décisive sur le plan politique, les alliés ont consacré une bonne partie de leurs délibérations à rechercher une solution négociée pour mettre fin à la tragédie vécue par un million de Kosovars chassés de leur maison. Madeleine Albright s'entretient aujourd'hui à Oslo avec son homologue russe, Igor Ivanov. La secrétaire d'Etat américaine espère le convaincre d'user de son influence pour faire pression sur Slobodan Milosevic. La rencontre sera suivie d'un sommet extraordinaire des Quinze mercredi à Bruxelles auquel participera le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.

D'accord sur le but – permettre le retour des réfugiés –, les alliés sont en revanche loin d'être d'accord sur les moyens. L'idée, évoquée à Washington notamment, d'envoyer des troupes au sol pour imposer un accord de paix, semble avoir été abandonnée, pour l'instant du moins. «Nous n'allons pas nous ouvrir un chemin au Kosovo contre une résistance armée», a souligné Robin Cook, le secrétaire au Foreign Office.

«Confédération»

D'autres alternatives, sous l'égide de l'OSCE (dont la Russie est membre) et de l'ONU (où Moscou a un droit de veto), sont à l'étude. Les alliés ne parlent plus aujourd'hui de forcer Belgrade d'accepter les Accords de Rambouillet – qui prévoient l'autonomie du Kosovo à l'intérieur de la Serbie – mais d'en faire la «base» d'éventuelles négociations sur le statut de la province.

Ils évoquent dans ce contexte une «confédération» entre Serbes et Albanais. Un protectorat est envisagé encore plus sérieusement. Les diplomates citent l'exemple de la Sarre, une région allemande gérée par les alliés après la Seconde Guerre mondiale avant d'être réintégrée à l'Allemagne. D'autres sources parlent d'une mise sous tutelle, d'une zone protégée… Il y a des «discussions informelles» sur une série de scénarios, a confirmé Madeleine Albright, en précisant qu'aucune décision n'avait été prise à ce stade.