«Personne ne peut aujourd’hui prédire quand les forces restées fidèles à Kadhafi cesseront le combat». Porte-parole du QG opérationnel de l’OTAN à Naples (Italie), le colonel Roland Lavoie a confirmé que la capitale libyenne demeurait une zone de guerre, au sein de laquelle les partisans du régime gardent de fortes capacités de nuisance. «Il est probable que les hostilités s’arrêteront si un règlement politique intervient» a pronostiqué l’officier pour qui l’issue des combats urbains ne fait en revanche aucun doute: «La fin approche, c’est évident. La question est de savoir si des gestes désespérés, comme le tir d’un missile Scud survenu lundi, vont se répéter».

Refusant de cautionner les affirmations des rebelles, qui disent contrôler 90 à 95% de Tripoli, les responsables de l’OTAN estiment que l’opération «Protecteur unifié» se poursuit, conformément au mandat de l’ONU. «Le régime Kadhafi a définitivement perdu le contrôle des zones stratégiques du pays et ses dignitaires ou partisans sont en fuite, mais ce qui se passe à Tripoli demeure très sérieux et très dangereux» a poursuivi la porte-parole de l’OTAN Oana Lungescu. De quoi accréditer l’impression d’une dangereuse confusion sur le terrain: «Les tirs de snipers ne changeront pas la destinée de la Libye, mais ils peuvent infliger de lourdes pertes à la population civile que nous devons protéger». L’OTAN n’a pas exclu, dès lors, de mener d’autres attaques contre le complexe présidentiel libyen, où se poursuit l’essentiel des combats. La France en a notamment fait la demande pour en finir avec les forces restées fidèles au colonel Kadhafi: «Nous avons bombardé ce complexe à plusieurs reprises et nous allons continuer de mener des frappes autant que nécessaire» a confirmé le colonel Lavoie.

A l’évidence, l’Alliance atlantique dont les avions déclenchent leurs missiles à plusieurs kilomètres d’altitude, n’est toutefois pas préparée à une guerre urbaine. Preuve que la priorité est bien la cessation des combats, l’OTAN a encore laissé ouverte aujourd’hui la porte à un départ négocié du colonel Kadhafi. Qui serait toujours dans les bunkers de sa résidence, selon son fils Saïf al-islam, dont la réapparition ce mardi devant les caméras a discrédité les rebelles qui prétendaient l’avoir arrêté lundi matin. «Kadhafi n’est pas une cible pour l’OTAN. Nous attaquons des centres de commandement et de contrôle» affirme-t-on à son siège de Bruxelles où les ambassadeurs de ses vingt-huit pays membres se réunissent en urgence cet après midi.

Une fois les hostilités terminées, le rôle de l’OTAN se limitera, prédisent ses responsables, à des missions d’entraînement et de réforme du secteur de la sécurité. Déployer en Libye une force multinationale comme en Afghanistan est «hors de question» a complété Oana Lungescu. Il est probable toutefois que les pays les plus en pointe dans l’intervention, comme la France ou le Royaume-Uni, enverront eux des contingents, peut-être sous mandat de l’ONU. Tout en affirmant avoir, sur le terrain «des yeux et des oreilles» qui lui ont permis de guider ses frappes aériennes, l’OTAN a refusé de confirmer, mardi, la présence de forces spéciales françaises et britanniques aux côtés des rebelles lors de la bataille de Tripoli.