George W. Bush a quitté Washington tôt mardi matin pour se rendre à Prague, où se tiendra jeudi et vendredi le sommet de l'OTAN. Le président des Etats-Unis est ensuite attendu en Russie et dans plusieurs pays d'Europe de l'Est et centrale pour y rencontrer le président russe Vladimir Poutine ainsi que les chefs des Etats baltes. Si George Bush, l'homme fort du sommet, estime d'ores et déjà que la rencontre de l'Alliance atlantique doit jouer un rôle important dans la lutte contre le terrorisme, les enjeux ne s'arrêtent pas là. Tour d'horizon.

Élargissement

Les 19 membres de l'OTAN doivent donner le coup d'envoi dès jeudi du processus d'adhésion de sept nouveaux pays qui sont la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, la Slovénie, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie. L'Albanie et la Macédoine, également candidates, devront sans doute patienter encore un peu. D'autant plus que le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, dont le pays préside actuellement l'Union européenne, a estimé mardi que l'OTAN devrait observer une longue pause après un élargissement à sept nouveaux membres: «Nous n'avons rien à gagner à ce que l'OTAN devienne un club de débat […] et il y a des limites à l'élargissement de l'Alliance atlantique si celle-ci doit rester une organisation militaire efficace». La Pologne, la Hongrie et la République tchèque avaient été intégrées en 1999. Le président tchèque Vaclav Havel a de son côté insisté mardi sur la nécessité de donner un sentiment de sécurité aux Etats baltes: «Il s'agit de faire clairement savoir que l'ère d'une division par la force est révolue et que l'époque où les petits pays étaient soumis à la botte des grands est terminée». Le chef d'Etat considère en revanche que l'entrée de la Russie «pourrait paralyser la collaboration et même la réduire à néant». Les pays membres doivent se réunir vendredi au sein du Conseil OTAN-Russie créé en mai dernier à Rome, en présence du ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov.

Terrorisme

Dans un contexte post-11 septembre, l'OTAN devrait adopter une nouvelle doctrine militaire axée sur les menaces posées par le terrorisme et les armes de destruction massive. Elle entérine notamment le principe d'interventions de l'Alliance «hors zone», c'est-à-dire en dehors de son périmètre géographique traditionnel. Des discussions à ce sujet ont d'ores et déjà eu lieu lundi soir entre les ambassadeurs des 19 pays membres. Un projet d'accord sur la mise en place d'une «force de réaction» a été mis au point, il prévoit le déploiement rapide d'une force de 21 000 hommes en cas de nécessité, dont un noyau pourrait se déployer en une semaine. Des unités terrestres, navales et aériennes européennes et nord-américaines seraient impliquées. Les détails du projet seront abordés à Prague.

Capacités

Les ambassadeurs ont décidé lundi de moderniser leur équipement militaire afin de combler le fossé existant entre la puissance militaire américaine et les forces européennes. Un programme d'engagements militaires précis doit être adopté au cours du sommet. Huit priorités ont été définies: le transport aérien stratégique, les munitions guidées avec précisions, la défense contre les menaces chimiques, biologiques ou radiologiques, la surveillance terrestre aéroportée, le ravitaillement en vol, des moyens de communications protégés, la défense antiaérienne et le brouillage électronique. La Grande-Bretagne, la France, la Norvège et le Portugal ont déjà annoncé une augmentation de leur budget de défense. D'autres ont prévu de partager armes et équipements afin d'optimiser l'usage de ressources limitées.

Réforme

Le commandement stratégique allié pour l'Atlantique (Saclant), basé à Norfolk en Virginie doit être remplacé par une autorité chargée de superviser la modernisation militaire de l'OTAN. Il n'y aurait alors plus qu'un commandement stratégique «opérationnel» situé à Mons, en Belgique.