Le dégel des relations entre la Yougoslavie et l'OTAN, dont les bombes se sont abattues sur le pays il y a un peu moins de deux ans, est amorcé. Le nouveau gouvernement démocratique du président Vodjislav Kostunica et les alliés se sont engagés mercredi à coopérer pour combattre la guérilla albanaise active à la frontière entre la Serbie et le Kosovo. Les deux parties échangeront également leurs informations sur les munitions à uranium appauvri utilisées dans les Balkans, l'Alliance atlantique assurant qu'elle n'a rien à cacher.

La reprise du dialogue entre les belligérants d'hier a été officialisée lors d'une visite au siège de l'OTAN à Bruxelles du ministre yougoslave des Affaires étrangères, Goran Svilanovic, la première d'un haut responsable de Belgrade depuis les raids aériens alliés au printemps 1999. Une visite de travail, sans plus. Signe que les plaies mettront du temps à cicatriser: le chef de la diplomatie yougoslave a soigneusement évité de serrer la main du secrétaire général de l'OTAN, George Robertson, face aux photographes qui l'attendaient à sa sortie.

Les deux parties se sont néanmoins engagées à travailler ensemble sur plusieurs sujets d'intérêt commun. Elles sont convenues d'unir leurs efforts pour réduire la tension dans la vallée de Presevo, une région du sud-est de la Serbie limitrophe du Kosovo où la guérilla albanaise a multiplié en décembre les attaques contre les policiers serbes. En vertu d'un accord imposé par l'OTAN en juin 1999 au lendemain de la guerre, aucun soldat serbe ne peut pénétrer dans cette zone dite de sécurité, où seule la police locale est autorisée à patrouiller.

Belgrade réclame la suppression de cette zone tampon qui ferait le jeu des extrémistes albanais. «La zone de sécurité est une question clé», a déclaré Goran Svilanovic, en soulignant qu'elle n'avait plus de raison d'être car l'armée yougoslave «n'est plus une armée ennemie». L'OTAN s'est déclaré prête à en parler. Un responsable affirme que des patrouilles communes entre soldats serbes et de la KFOR pourraient être envisagées à la faveur d'une révision de l'accord de juin 1999.

L'OTAN n'a rien promis dans l'immédiat. Avant toute concession, les alliés exigent que la nouvelle équipe au pouvoir consente à coopérer pleinement avec le Tribunal pénal international (TPI) sur l'ex-Yougoslavie. Son procureur Carla Del Ponte est attendu le 23 janvier à Belgrade. Mais Goran Svilanovic a réaffirmé hier face aux ambassadeurs des 19 pays membres de l'OTAN que c'est en Serbie et non à La Haye que devront être jugés les criminels de guerre dont le TPI réclame l'extradition, l'ancien président Slobodan Milosevic en tête.