Plus de 20 000 pompiers luttaient toujours cette fin de semaine contre les incendies qui ravagent l’ouest des Etats-Unis, du Canada au Mexique. Les secours comptent sur une météorologie plus fraîche et humide pour leur offrir un peu de répit ce week-end.

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Alimentés par une sécheresse chronique et des vents violents, les feux disséminés de la frontière du Canada à celle du Mexique ont signé de tristes records. Au total, 16 victimes ont été recensées cette semaine, mais il était impossible d’évaluer l’étendue réelle des destructions, de vastes régions étant encore inaccessibles.

«Nous nous attendons à ce que le nombre [de morts, ndlr] s’alourdisse à mesure que nous revenons dans des zones ravagées par les flammes», a prévenu le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, après s’être rendu dans les vestiges fumants d’une forêt calcinée du nord de l’Etat.

C’est là, dans le comté de Butte, encore traumatisé par le souvenir des incendies de novembre 2018 qui avaient fait 86 morts et réduit en cendres la ville de Paradise, qu’au moins dix personnes ont péri dans les flammes cette semaine, selon le dernier bilan des secours.

Assemblage de 37 feux

Dans le nord-ouest de la Californie, l’incendie baptisé «August Complex Fire», assemblage de 37 feux qui ont touché la forêt de Mendocino à partir du 17 août, est officiellement devenu le plus étendu de l’histoire dans cet Etat, avec plus de 300 000 hectares brûlés.

Ces feux ont été favorisés par des températures élevées et une atmosphère très sèche, mais le gouverneur Newsom s’est félicité que la météorologie «commence à coopérer», avec une chute du vent et quelques précipitations attendues dans les jours à venir.

Dans l’Oregon aussi, les autorités attendaient avec espoir une météorologie plus propice. «Nous tablons sur un air plus frais et de l’humidité dans les jours à venir, ce qui est vraiment une bonne nouvelle», s’est réjouie la gouverneure Kate Brown.

Face à l’avancée des feux, un peu plus de 40 000 personnes ont été évacuées dans cet Etat. Au total, plus de 400 000 hectares ont été ravagés par les flammes dans l’Oregon, où trois morts ont été recensés par les secours, qui sont sans nouvelles de dizaines d’autres personnes.

Changement climatique

La gouverneure a souligné qu’en l’espace de seulement trois jours, les flammes avaient consumé 360 000 hectares, le double de la végétation qui brûle en moyenne en une année complète. «Nous voyons les effets dévastateurs du changement climatique dans l’Oregon, sur toute la côte Ouest, et à travers le monde», a-t-elle insisté.

«Je suis un peu fatigué d’être obligé de débattre de ce sujet», a renchéri Gavin Newsom. «C’est une fichue urgence climatique. C’est bien réel et cela se déroule en ce moment», a insisté le gouverneur de Californie, où plus de 1,2 million d’hectares sont déjà partis en fumée cette année. La saison des incendies, qui se prolonge fréquemment jusqu’en novembre, est pourtant encore loin d’être terminée.


Des familles américaines refusent d’évacuer malgré les incendies

«Je n’ai pas l’impression que le feu vienne de ce côté. Je suis ici depuis toujours et je ne bougerai pas», assure James Hancock, 52 ans, qui a refusé de quitter sa réserve indienne malgré les violents incendies qui ravagent la zone depuis plusieurs jours.

Son épouse, Eleonore Davis, avait bien quitté les lieux avec leurs enfants et petits-enfants lorsque le terrible «Creek Fire» s’était approché en début de semaine. Mais elle s’est dépêchée de revenir, seule, dans la réserve avant que les secours ne bloquent la route qui monte dans les collines de la forêt nationale de Fresno, dans le centre de la Californie.

Le «Creek Fire» a déjà parcouru plus de 70 000 hectares et n’était contenu vendredi qu’à hauteur de 6%, mais il a jusqu’à présent épargné la réserve de Cold Springs Rancheria, où James Hancock vit depuis l’enfance.

Ni eau ni électricité

Dans cette petite communauté, la vie semble être figée, avec pour seule activité celle d’une paire de chiens noirs qui errent sans but, éternuant parfois sous l’effet de l’épaisse et âcre fumée qui enveloppe les rues. La fumée est réellement la seule chose qui gêne James et Eleonore.

L’électricité a été coupée pour éviter que la rupture de lignes à haute tension ne provoque de nouveaux foyers, ce qui signifie que le couple vit sans lumière et sans eau, puisée à l’aide d’une pompe électrique. Mais il semble s’en accommoder aisément.

«Nous avons grandi sans électricité, nous savons ce que c’est», explique Eleonore Davis, 62 ans, port altier et cheveux très noirs. «Les ancêtres n’avaient rien de tout ça et ils se portaient bien», confirme James.