Il figure sur une liste du FBI recensant des personnes représentant un risque terroriste. Cela n’a pas empêché Omar Seddique Mateen de se rendre au «Shooting Center» de sa ville de Sainte-Lucie en Floride, pour acheter récemment un pistolet et un Sig Sauer MCX, un fusil d’assaut semi-automatique. Ce sont les armes qu’il a utilisées pour commettre la pire fusillade dans l’histoire des Etats-Unis.

Pour des raisons encore floues, cet Américain de 29 ans de parents afghans a tué 49 personnes qui fréquentaient la boîte de nuit homosexuelle Pulse au centre d’Orlando et en a blessé 53 autres. Sans un fusil d’assaut équipé de chargeurs à grande capacité, ce musulman divorcé, puis remarié, travaillant pour la société de sécurité G4S, n’aurait jamais pu commettre un tel carnage. Le cas est loin d’être unique. En décembre dernier, un couple radicalisé qui a massacré quatorze personnes à San Bernardino en Californie a aussi recouru à un fusil d’assaut. Dans l’école primaire de Sandy Hook dans le Connecticut, où 20 enfants de six et sept ans périrent sous les balles, un jeune de vingt ans a aussi commis son acte avec un AR-15.

Il y a eu interdiction, de 1994 à 2004

Interdire les fusils d’assauts, des armes de guerre, paraît une évidence d’autant qu’une telle interdiction fut en vigueur de 1994 à 2004. Mais pour les tenants du statu quo, toucher même marginalement au second amendement de la Constitution qui garantit le droit de posséder une arme, c’est attenter à un droit sacré. Des tragédies comme celle d’Orlando relancent un débat nourri sur la nécessité de durcir la législation en la matière. Mais ces efforts s’enlisent à chaque fois face à la National Rifle Association, le puissant lobby des armes et à un Congrès qui est sous sa coupe.

Dans le cas d’Orlando, où le tueur présumé a prêté allégeance au groupe djihadiste de l’Etat islamique, l’incapacité politique de réguler plus sévèrement l’achat et la possession d’armes à feu pose un casse-tête aux responsables de la lutte contre le terrorisme. Car elle se conjugue avec un autre phénomène qui les préoccupe tout autant: la multiplication des loups solitaires prêts à commettre des attentats (suicides) au nom de groupes djihadistes tels que l’Etat islamique ou Al-Qaida.

Le FBI a ouvert 900 enquêtes

Chef de la police de New York, William Bratton en convient: il est très compliqué de prévenir des actes terroristes d’individus qui ne sont pas sur le radar de la police et qui se réclament de groupes terroristes sans avoir de lien avec eux. Dans le cas d’Omar Seddique Mateen, le FBI l’a interviewé à trois reprises en 2013 et 2014 en raison de déclarations extrémistes et d’un contact qu’il aurait pu avoir avec Moner Mohammad Abusalha. Ce dernier, premier djihadiste américain à avoir commis un attentat-suicide en Syrie, vivait à moins de deux kilomètres de chez lui et fréquentait la même mosquée. Les interrogatoires n’ont rien donné. Le FBI, qui a ouvert plus de 900 enquêtes sur des Américains soupçonnés d’activités terroristes, affirme ne pas avoir les capacités de mandater un agent pour suivre pas à pas des individus comme le tueur présumé d’Orlando. Les statistiques n’en demeurent pas moins effrayantes. Selon ce même FBI, depuis 2010, plus de 200 personnes figurant sur une liste de personnes surveillées ont pu acheter légalement une arme à feu.

Le glaçant conseil d’un porte-parole d’Al-Qaida

Lundi, la candidate démocrate à la Maison-Blanche Hillary Clinton a martelé la nécessité d’établir un lien entre les listes du FBI et les vérifications d’antécédents opérées lors d’achats d’armes à feu. L’accès facile à des fusils d’assaut inspire les djihadistes. Dans une vidéo diffusée sur Internet, Adam Gadahn, un porte-parole d’origine américaine d’Al-Qaida, appelle les djihadistes potentiels à exploiter la situation: «L’Amérique abonde d’armes à feu facilement accessibles. Tu peux aller à une foire d’armes à feu au centre du coin et en ressortir avec un fusil d’assaut automatique, sans vérification des antécédents voire même sans devoir montrer une carte d’identité. Alors qu’attends-tu?»

A l’échelle fédérale, l’opposition systématique du Congrès à Barack Obama, qui martèle après chaque tuerie la nécessité de durcir la législation, a empêché tout progrès. Les armes à feu ont fait près de 6000 morts aux Etats-Unis depuis janvier et 13 430 l’an dernier. Des avancées sont néanmoins visibles. L’Association des maires contre les armes illégales et d’autres associations refusent de laisser la NRA dicter sa politique. A l’échelle des Etats, la Californie est l’un des Etats ayant la législation la plus sévère en la matière. L’opinion publique elle-même se dit, elle aussi, favorable à des règles plus strictes.


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