Vatican

L’ouverture du pape François mise en échec

Le synode sur la famille s’est conclu samedi au Vatican. Les évêques sont divisés sur la question des divorcés remariés et des homosexuels

L’ouverture du pape François mise en échec

Vatican Fin samedi du synode sur la famille

Les évêques sont divisés sur la question des divorcés remariés et des homosexuels

«En observant attentivement les signes des temps, nous nous efforçons d’adapter les orientations et les méthodes aux besoins croissants de notre époque et à l’évolution de la société.» Ces paroles de Paul VI en 1965 ont été répétées dimanche par François lors de la béatification de son prédécesseur italien. Le pape argentin a confié aux évêques du monde entier, réunis en synode extraordinaire jusqu’à samedi passé, la mission de répondre aux défis imposés aujourd’hui à la famille traditionnelle. Il a implicitement communiqué sa volonté de faire évoluer la pastorale familiale.

Mais à l’issue de deux semaines de débats, les pères synodaux ont accouché d’un document consensuel, loin de l’audace d’un premier texte publié une semaine plus tôt. Les points concernant les divorcés remariés et les homosexuels, inscrits dans cette Relatio synodi, ont créé le plus de divisions au sein de l’assemblée. Si les trois paragraphes concernés n’ont pas recueilli les deux tiers des 183 voix nécessaires pour créer le consensus parmi les évêques, ils n’ont pas été rejetés.

Le premier document de travail, résumé d’une première semaine d’échanges et rédigé par des proches du pape, avait suscité de nombreux espoirs. Deux positions sur les homosexuels ont simplement disparu de la version finale. Son ébauche leur reconnaissait des «dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne» et prenait acte de l’existence dans les unions entre personnes du même sexe des «cas où le soutien réciproque jusqu’au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires». Mais la Relatio synodi rappelle simplement que ces hommes et femmes «doivent être accueillis avec respect et délicatesse» et qu’il faut éviter à leur égard «toute marque de discrimination injuste».

La première version «n’était pas équilibrée, reconnaît Mgr Markus Büchel. Les réflexions n’ont pas eu le temps de mûrir et de cela est né un débat controversé.» Elle reflétait certes les interventions de quatre minutes des évêques, mais non les positions qu’ils n’ont pu défendre, faute de temps. Et suite à son écho médiatique, les prélats ont dû faire de ce document la «base pour la suite de leurs discussions», confie encore le président de la Conférence des évêques suisses.

Ce texte a fracturé encore plus deux camps: les «traditionalistes» et les «progressistes», comme les a définis le pape François. Dans son discours de clôture – sa première prise de parole – samedi soir, il a reconnu «quelques moments de tension» et rappelé tout le monde à l’ordre. Aux premiers, il a reproché une «rigidité hostile», regrettant qu’ils ne se laissent pas «surprendre par les surprises de Dieu», mais préfèrent «se renfermer dans la certitude de ce qu’ils connaissent». Aux seconds, leur «bonté destructive au nom de laquelle une miséricorde trompeuse panse les blessures sans les soigner».

L’absence de «discussions animées» aurait «inquiété et attristé» le souverain pontife. Il avait pour cela encouragé tous les évêques à une totale liberté d’expression. Mais les divisions semblent plus profondes qu’attendu. D’après des révélations du quotidien italien La Repubblica dimanche, un groupe de cardinaux conservateurs aurait rencontré Benoît XVI pour le «sensibiliser», avant le synode, sur «les thèses prêtes à être discutées». «Ce n’est pas moi le pape», aurait tranché le pontife émérite, fidèle à sa réserve.

Son successeur ne mène pas une révolution de la doctrine, mais souhaite adapter la pastorale aux nouvelles réalités que vivent les familles. Son travail, selon sa propre définition, n’est pas seulement «d’accueillir les brebis égarées, mais d’aller à leur rencontre». Sur les questions sociétales, il avait donné le ton il y a un an, à son retour du Brésil: «Si une personne est gay, et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger?»

Aucune décision n’a été prise. La Relatio synodi doit maintenant être envoyée à tous les diocèses du monde pour une réflexion d’une année avant le prochain synode ordinaire des évêques sur la famille, en octobre 2015, avant que François n’en tire, seul, les conclusions.

L’absence de «discussions animées» aurait «inquiété et attristé» le souverain pontife

Publicité