C'est fait: le pape François a ouvert dimanche en grande solennité, revêtu d'une aube verte, le synode sur la famille qui va durer trois semaines d'âpres et intenses discussions entre cardinaux, archevêques, évêques et théologiens.

Il y sera, comme l'année passée aux mêmes dates, question de la famille, sa mission, ses perspectives, ses aléas. C'est dire qu'on y abordera la lancinante question des divorcés, des divorcés remariés (peuvent-ils communier comme les autres fidèles, comme les progressistes le réclament, ou sont-ils condamnés à rester éternellement en dehors de ce sacrement, comme les conservateurs le soutiennent), des unions libres et de l'amour charnelle avant le mariage religieux.

Pour espérer entendre quoi que ce soit sur les formes plus audacieuses (pour l'Eglise catholique s'entend) d'amour humain, comme les relations entre personnes du même sexe, il faudra sans doute attendre. La famille au sens catholique ne s'aventure pas jusque-là.

La bombe de l'abbé Charamsa

Quand bien même, un jour tapant avant l'ouverture de ce synode, un éminent théologien catholique membre de la très stricte Congrégation de la doctrine de la foi, dont l'ancêtre fut le Saint-Office, l'abbé polonais Krzysztof Charamsa, 43 ans, a fait la une de tous les sites du monde et des italiens en particulier, en effectuant son coming-out. Lâchant sa petite bombe en première page du Corriere della Sera, se répandant ensuite dans une conférence de presse abondamment filmée, il déclare: "Je veux que l'Eglise et ma communauté sachent qui je suis: un prêtre homosexuel, heureux et fier de sa propre identité. J'ai un ami. Je suis prêt à en payer les conséquences, mais il est temps que l'Eglise ouvre les yeux face aux homosexuels croyants et qu'elle comprenne que la solution qu'elle préconise pour ces gens-là, l'abstinence totale de toute vie amoureuse, est inhumaine. Je voudrais que mon histoire puisse secouer un peu la conscience de cette église." 

La réaction fulgurante du Vatican

Le Vatican et le diocèse auquel appartient l'abbé Charamsa (qui a désormais sa page Wikipedia...) ont immédiatement réagi. Le Vatican pour déclarer: "Mis à part le respect du aux personnes, à leur vie privée et au débat socio-moral, une démarche aussi retentissante à la veille de l'ouverture du Synode est offensive et irresponsable. De fait, elle tend à opérer un pression médiatique sur l'assemblée synodale. Il est clair que Mgr.Charamsa ne peut plus assumer son service auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi comme auprès des Universités pontificales".

Quant à l'évêché de Pelpin, dont dépend l'abbé, il a fait savoir ceci: ""Après le communiqué du Bureau de presse du Saint-Siège concernant la déclaration du père Krzysztof Charamsa et ses propos aux médias qui restent en contradiction avec l'Evangile et l'enseignement de l'Eglise catholique, l'évêque de Pelplin lui a adressé un avertissement pour le faire revenir dans le chemin du ministère du Christ."

Nullement intimidé par ces réactions, l'abbé Charamsa a contre-attaqué en déclarant: "Je dédie mon coming out aux nombreux prêtres homosexuels qui n'ont pas la force de sortir du placard."

Atmosphère tendue dans une basilique pleine

C'est dans ce contexte pour le moins explosif que s'ouvre donc le synode. Les observateurs ont pointé le visage grave du pape. Rappelant, dans son discours d'ouverture le caractère inidssoluble du mariage, nécessairement célébré entre un homme et une femme, celui-ci a piqueté les espaces de liberté théologique concédé au synode. Et surtout, apaisé l'aile conservatrice de l'assemblée, qui a dû boire du petit lait en entendant le pape réaffirmer: "Voilà le rêve de Dieu pour sa créature bien-aimée: la voir se réaliser dans l'union d'amour entre l'homme et la femme."

A l'endroit de l'aile progressiste, le pape François a comparé l'Eglise à un hôpital de campagne (c'est sa fameuse mission pastorale) qui ne ferme ses portes à personnes. Et pour les conservateurs: mais un hôpital de campagne aidant les pécheurs à revenir sur le droit chemin.

Plus largement, le pape s'est emparé d'un sujet qui lui tient à coeur: la solitude qui étreint l'homme moderne privé de boussole et qui le plonge dans le plus profond désarroi. Il faisait ainsi écho à sa dernière encyclique en citant:"les personnes âgées, abandonnées même de leurs propres enfants; les veufs et les veuves; tant d'hommes et de femmes laissés par leur épouse ou par leur mari; tant de jeunes victimes de la culture de la consommation et du déchet"."Il semblerait, a-t-il ajouté, que les sociétés les plus avancées soient justement celles qui ont le taux le plus bas de natalité et le taux le plus élevé d'avortements, de divorces, de suicides et de pollution environnementale et sociale".

La corrélation est audacieuse: elle est au coeur du message papal.