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Les loyalistes consolident leur victoire à Aden

Les forces appuyées par la coalition arabe ont repris la base militaire stratégique d’Al-Anad. Le leader rebelle houthiste s’est dit ouvert à un «règlement politique»

Les loyalistes consolident leur victoire à Aden

Yémen Les forces appuyées parla coalition arabe ont repris une base militaire stratégique

Le leader rebelle se dit ouvert à un «règlement politique»

Il aura fallu quatre mois à l’armée saoudienne pour remporter sa première victoire au Yémen. Depuis le 26 mars, date de son entrée en action aux côtés des forces fidèles au président Abd Rabo Mansour Hadi, la coalition arabe commandée par Riyad paraissait impuissante. En dépit de centaines de raids aériens, le royaume et ses alliés du Golfe ne parvenaient pas à faire reculer les houthistes. Après avoir bouté le chef de l’Etat hors de Sanaa, au début de l’année, cette milice pro-iranienne, issue de la minorité zaïdite (une branche du chiisme), continuait d’assiéger Taëz et Aden, les grandes villes du sud. Ce faisant, la rébellion menaçait de faire passer dans l’orbite de Téhéran un pays que l’Arabie saoudite, grand rival régional de l’Iran, a toujours traité comme son arrière-cour.

Mais la conquête, lundi passé, par les forces loyalistes, appuyées par la coalition arabe, qui ont repris une base militaire stratégique, de la base militaire d’Al-Anad, au nord d’Aden, a changé la donne. La chute de cet immense camp de 15 km², dont la capture par les houthistes, en mars, avait précipité l’intervention des Saoudiens, a parachevé la reprise d’Aden, intervenue mi-juillet. De cette zone, où affluent désormais des armes lourdes en provenance de Riyad et d’Abu Dhabi, les loyalistes pourraient faire la tête de pont d’une opération de reconquête en direction du nord, et notamment de Taëz. Les combats se sont déjà propagés à deux provinces contiguës à la région d’Aden, celles de Lahej et d’Abyane, où un porte-parole des forces pro-gouvernementales a prédit une victoire «proche».

Cette percée est l’aboutissement d’une opération clandestine, pilotée par les états-majors saoudien et émirati et baptisée «Golden Arrow». Elle a consisté à introduire à Aden, par la mer, et ce dès le mois de mai, des petits groupes de forces spéciales de ces deux pays, ainsi que des exilés yéménites, entraînés et équipés en Arabie saoudite. Cette avant-garde a préparé le terrain, en coordination avec les forces anti-houthistes, au débarquement de véhicules blindés, qui s’est accéléré ces derniers jours.

A la pointe de la charge contre la base d’Al-Anad se trouvaient notamment des chars Leclerc, fleuron de l’industrie de l’armement française, expédiés par l’armée émiratie qui en possède plus de trois cents. Les assaillants ont bénéficié de la couverture d’hélicoptères Apache saoudiens, des engins de fabrication américaine, spécialisés dans l’attaque au sol. Face à ces machines de guerre ultra-perfectionnées, les houthistes n’ont pas fait le poids, en dépit de l’aide que leur apportent des unités dissidentes de l’armée yéménite, restées fidèles à l’ancien président Ali Abdallah Saleh.

Certaines capitales occidentales, persuadées qu’il n’y a pas de solution militaire à la crise, poussent les Saoudiens à user de leur nouvelle position de force pour rouvrir le dialogue avec leurs ennemis. Un premier round de négociations, à Genève, mi-juin, avait avorté au bout de quelques jours, les deux délégations refusant de se parler en face-à-face. Les timides trêves décrétées durant le mois de juillet ont toutes capoté.

Le médiateur des Nations unies, le Mauritanien Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, continue pourtant à s’activer. Il a obtenu de la Ligue arabe un engagement à envoyer des observateurs au Yémen dans l’hypothèse où un cessez-le-feu prendrait forme. Selon nos informations, «Ioca», comme il est surnommé dans les cercles diplomatiques, devait s’entretenir, ce vendredi à Oman, avec des émissaires de la rébellion. L’envoyé spécial de Ban Ki-moon devait les sonder sur les garanties que leur mouvement serait susceptible de mettre sur la table des négociations, après que leur chef, Abdelmalek al-Houthi, s’est dit ouvert, le 2 août, «à un règlement politique».

Cette esquisse de main tendue ne convainc guère les bons connaisseurs du mouvement houthiste, fameux pour ses foucades. «Depuis 2013, ils ont signé des dizaines d’accords et n’en ont respecté aucun, assure le Yéménite Farea al-Muslimi, analyste à la Fondation Carnegie. Ils ne sont bons qu’à faire une chose: la guerre.»

Riyad, qui redoute une réhabilitation internationale de l’Iran après l’accord sur son programme nucléaire, ne semble pas plus porté au compromis. Enhardi par le succès d’Aden, si long à se dessiner, le président Hadi, qui vit en Arabie saoudite, a juré que ses forces ne s’arrêteront pas avant «la libération du pays tout entier». «La coalition arabe risque de vouloir pousser son avantage plus avant, pronostique un diplomate occidental. Pour le royaume saoudien, ce qui compte, ce n’est pas tant Aden que la sécurité de sa frontière avec le Yémen.»

La remontée vers le nord des forces loyalistes, si elle se confirme, ne sera pas une partie de plaisir. Dans les montagnes de Taëz, les Leclerc émiratis auront bien moins de facilité à manœuvrer que sur le littoral d’Aden. Et même dans cette cité portuaire, les pro-Hadi ne sont pas au bout de leurs peines. Leur victoire a été acquise par une alliance de circonstance avec les séparatistes sudistes du mouvement Hirak. Le président risque d’avoir le plus grand mal à se réinstaller dans cette ville, comme le veulent les Saoudiens, pressés de faire contrepoids à l’administration houthiste installée à Sanaa.

Signe éloquent, ce n’est pas Hadi mais son premier ministre, Khaled Baha, une figure moins controversée, qui est venu quelques heures à Aden, samedi 1er août, pour marquer sa «libération». Le camp saoudien a gagné une bataille, mais il est encore loin d’avoir gagné la guerre.

U Un avion de la compagnie aérienne Yemenia a atterri hier à l’aéroport international d’Aden, le premier appareil civil à se poser sur ce tarmac en plus de quatre mois de guerre. Seuls des avions militaires s’étaient posés depuis la réouverture le 22 juillet. (AFP)

Le président Hadi, exilé à Riyad, a juré que ses forces ne s’arrêteront pas avant «la libération du pays tout entier»

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