Le Parti de la liberté, mené par le député Geert Wilders, est arrivé en tête des municipales mercredi à Almere, ville de près de 190 000 habitants située au centre des Pays-Bas. A La Haye, la capitale politique de l’Etat, les populistes sont arrivés deuxièmes (lire encadré). Le scrutin faisait office de test, trois mois avant des législatives anticipées. L’analyse de Jérôme Jamin, politologue à l’Université de Liège et auteur d’un ouvrage sur les nationalismes*.

Le Temps: Comment expliquez-vous cette percée du Parti de la liberté?

Jérôme Jamin: Le discours de Geert Wilders s’appuie sur deux piliers, qui en font un mouvement populiste plus que d’extrême droite: une vive critique des partis politiques en place et une vive critique de l’islam. Il est difficile, sans avoir encore tous les résultats, de savoir lequel a surtout joué. Les deux, sans doute.

– Geert Wilders n’est donc pas d’extrême droite?

– L’extrême droite articule son discours ultranationaliste autour d’une nation pure et homogène qu’il faudrait débarrasser d’une série de parasites, qu’ils soient juifs, musulmans ou étrangers. Geert Wilders, lui, est libéral sur le plan économique et progressiste sur le plan social. Par exemple, il ne condamne pas les homosexuels. Le populisme est un appel au peuple contre les élites politiques, financières, voire syndicales, comme ce fut le cas dans l’esprit de Margaret Thatcher ou judiciaires dans celui de Silvio Berlusconi. Geert Wilders use de cette logique, il oppose les citoyens néerlandais aux politiciens qui les gouvernent.

– Qu’en est-il de son discours sur l’islam?

– Tout comme Pim Fortuyn (ndlr: populiste néerlandais assassiné en 2002) avant lui, Geert Wilders combat l’islam au nom de la démocratie, du féminisme et de la laïcité, ce qui est très malin. Mais il réduit surtout cette religion à Ben Laden et au terrorisme, gommant ses multiples facettes. En cela, il s’approche de l’extrême droite. Il fait peur aux gens en leur inventant un ennemi, puis il leur propose de l’abattre. Comme l’UDC en Suisse, Geert Wilders fait de l’islam un enjeu principal de la société. Il essaie de faire croire que toutes les manifestations de l’islam, que l’on parle d’une femme voilée, d’un minaret, d’une musique ou d’un attentat, tiennent d’un même complot: un agenda caché de pays musulmans visant à islamiser complètement l’Europe. L’histoire récente du pays, avec les assassinats du cinéaste Theo Van Gogh et de Pim Fortuyn, facilite l’effroi.

– Doit-on craindre un climat explosif aux Pays-Bas après ce scrutin?

– Le climat est très mauvais depuis ces assassinats et la défiance de l’islam existe depuis longtemps. Il y a quelques années, la liste de Pim Fortuyn avait déjà enregistré des résultats similaires. Puisque l’ennemi décrit n’existe pas, Geert Wilders ne pourra pas entreprendre d’actions marquantes pour s’en débarrasser là où son parti est arrivé en tête.

– Peut-on attendre le même succès aux prochaines législatives?

– Je ne sais pas si le Parti de la liberté a assez de personnel pour couvrir tout le territoire mais, s’ils obtiennent le même score, ils pourront exiger de participer à la coalition et mettre à l’agenda un certain nombre de thèmes qui leur sont chers.

– Le succès du Parti de la liberté tient-il aussi à la personnalité de son leader?

– Geert Wilders a du charisme, il est élégant, sympathique et passe bien à la télé. Comme Silvio Berlusconi, il n’a pas vraiment de programme politique mais sourit aux électeurs en leur disant «avec moi, tout ira bien».

*«L’imaginaire du complot», Presses universitaires d’Amsterdam, 2009.