Les gouvernements de l’Union européenne ont adopté lundi un train de sanctions contre le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et son gouvernement. Il comprend notamment une interdiction de se rendre sur le territoire de l’UE et un embargo sur les livraisons d’armes.

Les Etats de l’UE ont aussi décidé de bloquer les avoirs de Kadhafi, de sa famille et de son gouvernement et d’interdire la vente de produits tels que les gaz lacrymogènes et le matériel antiémeute susceptibles d’être utilisés contre des manifestants.

La liste des personnes visées par les gels d’avoirs et les interdictions de voyager «est plus longue que celles des Nations unies», qui comportaient respectivement six et seize noms, a précisé un diplomate européen.

La décision, approuvée lors d’une réunion ministérielle à Bruxelles, a été avancée pour permettre son application la plus rapide possible. Les mesures devraient pouvoir entrer en vigueur dès lundi.

Les opposants au régime abattent un avion militaire

Des opposants au régime de Mouammar Kadhafi ont repoussé lundi un assaut des forces gouvernementales près de Misrata. Ils ont abattu un avion militaire, a déclaré un témoin.

Misrata est située à 200 km à l’est de Tripoli, la capitale de la Libye, et elle est passée aux mains des insurgés réclamant la chute de Mouammar Kadhafi. «Un appareil a été abattu ce matin alors qu’il tirait sur les locaux d’une station de radio. Les manifestants ont capturé l’équipage», a dit ce témoin, Mohamed.

«Des combats pour le contrôle de la base aérienne militaire (près de Misrata) ont éclaté la nuit dernière et ils se poursuivent. Les forces de Kadhafi ne contrôlent qu’une petite partie de la base. Les manifestants contrôlent une grande partie de la base, celle où se trouvent les munitions», a-t-il ajouté. «Misrata est toujours contrôlée par les manifestants.»

Une interdiction de survol du territoire à l’étude

Selon le New York Times, les Etats-Unis et leurs alliés européens envisagent d’interdire tout survol de la Libye pour empêcher le massacre de civils par l’aviation libyenne fidèle au dictateur. Mais le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a assuré lundi à la presse que cette idée n’avait pas été discutée lors de son entretien avec Hillary Clinton à Genève.

Le premier ministre français, François Fillon, a admis pour sa part que l’option était «étudiée» dans le cadre d’une possible implication de l’OTAN. «Est-ce que l’OTAN doit être impliquée dans une guerre civile au sud de la Méditerranée? C’est une question qui pour le moins mérite d’être réfléchie avant d’être lancée», s’est-il interrogé sur la radio RTL.

L’UE établit le contct avec les insurgés

Par ailleurs, l’UE est en train «d’établir des contacts» avec les autorités de transition libyennes mises en place par les insurgés au régime de Mouammar Kadhafi, a indiqué lundi une porte-parole de la cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton.

«Nous essayons d’établir des contacts, c’est une action en cours», a indiqué Maja Kocijancik, en réponse à une question en ce sens, lors d’une conférence de presse. Ces efforts européens «montrent une certaine disposition à aider et travailler» avec l’opposition libyenne.

■ La Cour pénale internationale se penche sur le cas libyen

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a annoncé lundi mener un examen préliminaire sur les violences en Libye, préalable à une éventuelle enquête pour crime contre l’humanité, à la suite d’une saisine du Conseil de sécurité des Nations unies.

«Le bureau (du procureur) examine actuellement des allégations d’attaques à large échelle ou systématiques contre la population civile», a déclaré Luis Moreno-Ocampo lors d’une conférence de presse à La Haye. «Le bureau du procureur doit maintenant décider s’il doit ouvrir une enquête pour crimes contre l’humanité en Libye», a-t-il ajouté.

Le Conseil de sécurité de l’ONU avait adopté samedi à l’unanimité une résolution imposant des sanctions sévères au colonel Mouammar Kadhafi notamment, et transféré «la situation en Libye depuis le 15 février» au procureur de la Cour pénale internationale.

Par cette résolution, les membres du Conseil de sécurité considèrent que «les attaques systématiques» contre la population civile en Libye «peuvent être assimilées à des crimes contre l’humanité».

Depuis l’entrée en fonctions de la CPI en 2002, le Conseil de sécurité n’avait transféré qu’une seule affaire à la cour, comme le permet le texte fondateur de la CPI, le statut de Rome. Le 31 mars 2005, l’ONU avait demandé à Luis Moreno-Ocampo d’enquêter sur les violences commises au Darfour.

La juridiction de la CPI peut en effet s’étendre à un Etat qui n’est pas partie prenante du statut, comme la Libye, si le Conseil de sécurité l’en charge.

■ L’opposition marche sur Tripoli

L’opposition libyenne, forte du contrôle de l’Est et de plusieurs villes de l’Ouest, se préparait à marcher sur Tripoli. Le colonel Mouammar Kadhafi continuait de minimiser l’insurrection qui ébranle son régime.

«Nous nous plaçons sous l’autorité du gouvernement intérimaire de Benghazi […] Nous préparons les forces pour marcher sur Tripoli et libérer la capitale du joug de Kadhafi», a déclaré Chaban Abu Sitta, un dignitaire membre du comité révolutionnaire de la ville de Nalout, à 230 km à l’ouest de Tripoli.

A Zawiyah, à 60 km à l’ouest de la capitale, les manifestants anti-Kadhafi semblent contrôler la ville, mais les forces qui lui sont loyales en contrôlent l’accès et les alentours, selon des témoins.

A plus de 1000 km à l’ouest, autour de la capitale, l’opposition revendique également le contrôle de plusieurs villes. Les villes stratégiques de Misrata, à l’est, et Gherien, au sud, semblent aussi sous contrôle de l’opposition.

Au 14e jour lundi d’un mouvement de révolte sans précédent qui s’est mué en insurrection, Mouammar Kadhafi et ses forces ne contrôlent plus que Tripoli et sa région. Washington s’est dit prêt à aider les opposants qui ont créé un «Conseil national indépendant» chargé de représenter «les villes libérées».

Mais, alors que les appels internationaux se succèdent pour un départ de Mouammar Kadhafi, le dernier en date venant de Londres qui lui a demandé de s’en aller «maintenant», le leader libyen est resté inflexible, fustigeant les sanctions de l’ONU et assurant que la Libye était «complètement calme».

Une vidéo montrant un fils du leader libyen, Saïf al-Islam, armé d’un fusil automatique et haranguant des partisans de son père, a été postée sur le site YouTube. «Les gens disent que la police a pris la fuite, qu’elle a rejoint les agitateurs. Aujourd’hui nous leur montrons que la police est avec la Libye», dit-il, dans cette vidéo impossible à dater. Le bilan des violences restait difficile à évaluer. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a parlé d’un millier de morts. A Benghazi seule, 256 personnes ont été tuées et 2000 blessées, selon des médecins cités par la Croix-Rouge internationale.