L’Union européenne s’est dite prête à des sanctions à l’encontre du colonel Mouammar Kadhafi et de son régime face à la violence de la répression, prenant acte de l’échec de sa politique de rapprochement menée depuis des années avec le dirigeant libyen.

Dans une déclaration du chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton au nom des 27, l’UE se dit «prête à prendre des mesures supplémentaires» à l’encontre du numéro un libyen et des auteurs de la sanglante répression. Elle avait déjà décidé mardi la suspension des négociations sur un accord de partenariat UE-Libye, entamées en 2008.

Au cours d’une réunion à Bruxelles, les ambassadeurs des 27 ont chargé les experts européens de plancher notamment sur «un embargo sur les armes, l’interdiction d’accès au territoire de l’Union et la surveillance des mouvements financiers» de dirigeants libyens, ainsi que «la possibilité de les traduire en justice», selon un diplomate européen.

Ces mesures ne seront pas finalisées d’ici à jeudi, a précisé la présidence hongroise de l’UE. Déjà, dans les faits, les exportations d’armes vers la Libye ont été suspendues par les Etats concernés, a dit la porte-parole de Mme Ashton, Maja Kocijancik. L’UE appelle en outre les autorités libyennes à «assurer la sécurité de tous les ressortissants étrangers et faciliter le départ de ceux qui souhaitent quitter le pays».

La veille pourtant, plusieurs grands Etats européens hésitaient encore, estimant que la priorité était l’évacuation de leurs ressortissants. Mais l’appel belliqueux du colonel, mardi à la télévision libyenne, a fait basculer les Européens, commente un diplomate. «C’est un homme dérangé, un homme malade, qui a parlé, mais aussi un homme dangereux», a jugé le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn.

Même l’Italie, l’ancienne puissance coloniale, a fini par renoncer à l’extrême retenue qu’elle plaidait face à la Libye, du fait du risque d’un afflux d’immigrés clandestins sur ses côtes.

L’Espagne et l’Allemagne ont déclaré mercredi que le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans, n’était plus un interlocuteur légitime pour l’Europe. Et le président français Nicolas Sarkozy a souhaité une suspension des relations économiques et financières avec Tripoli.

■ Au moins 640 morts

Les violences liées au soulèvement contre le régime libyen de Mouammar Kadhafi ont fait au moins 640 morts, dont 275 à Tripoli et 230 à Benghazi, soit plus du double que le bilan officiel de 300 morts, a annoncé mercredi la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH).

Ce bilan s’appuie sur des «sources militaires» pour Tripoli et sur des recoupements effectués par la Ligue libyenne des droits de l’Homme pour Benghazi et plusieurs autres localités, a déclaré à l’AFP Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH, basée à Paris. Il ne tient pas compte d’éventuelles victimes dans la ville de Tobrouk, à l’extrême est du pays, pour laquelle la FIDH ne dispose pas d’informations précises, a-t-elle ajouté.

A Benghazi, deuxième ville du pays et bastion de l’opposition, la FIDH a comptabilisé 230 morts, «dont 130 militaires qui ont été exécutés par leurs propres officiers, parce qu’ils n’ont pas voulu tirer sur la foule» des manifestants, a déclaré Souhayr Belhassen.

Les autorités libyennes ont annoncé mardi un bilan de 300 morts depuis le 15 février, début de l’insurrection, dont 111 militaires.

Eu égard à la sévérité de la répression, le Conseil de sécurité de l’ONU doit aller au-delà de son appel à l’arrêt des violences, a estimé la présidente de la FIDH qui a demandé que les Nations Unies saisissent la Cour pénale internationale (CPI). «C’est le moins que l’on puisse faire», a-t-elle dit.