José-Manuel Barroso a remporté haut la main mercredi un second mandat à la tête de la Commission européenne. Mais ses soutiens, comme ses adversaires, l’attendent au tournant pour voir s’il sera capable d’accoucher d’une communauté plus homogène, et plus dynamique face aux égoïsmes nationaux croissants des vingt-sept Etats membres.

Sorti vainqueur du scrutin à bulletins secrets par 382 voix contre 219 contre et 117 abstentions, l’ancien premier ministre portugais, critiqué notamment pour son inaction face à la crise économique et financière, est brillamment sorti du piège que lui tendaient ses adversaires socialistes et Verts depuis les européennes du 7 juin.

Emmenés par Daniel Cohn-Bendit, ceux-ci avaient proposé de reporter son élection après le second référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne du 2 octobre. Un obstacle deux fois surmonté par M. Barroso qui, non content d’avoir obtenu un vote à l’arraché, a réussi à dépasser la majorité absolue des 736 députés requise par le futur Traité, alors que les règles actuelles exigeaient seulement une majorité simple. « Cette victoire le renforce incontestablement confirme un proche à Strasbourg. Elle va maintenant lui permettre d’agir avec plus de liberté et de ténacité à la tête de l’UE».

Attendu à l’Assemblée générale de l’ONU

Les premiers tests interviendront vite. Dès jeudi soir, le président de la Commission européenne retrouve à Bruxelles les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement pour un diner informel destiné à préparer le sommet du G20 à Pittsburgh. « C’est ma priorité » a-t-il expliqué à Strasbourg. Il sera ensuite la semaine prochaine à New-York pour l’Assemblée générale de l’ONU pour discuter du changement climatique, puis au G20 où l’UE compte de nouveau plaider pour une régulation financière plus stricte. Avec, dans ses bagages, sa liste de promesses faites aux différents groupes politiques du Parlement.

Le président de la Commission s’est notamment engagé, ces derniers jours, en faveur d’une fiscalité verte et d’un plus grand « volontarisme économique » européen, assuré de bousculer les pré-carré nationaux. Il a aussi promis de créer trois nouveaux postes de commissaires respectivement chargés des négociations sur le climat, des libertés fondamentales et des migrations. Ce qui pourrait compliquer la donne des nominations au sein du collège. Lesquelles incombent aux Etats-membres: « Par l’ampleur de ses propositions, Barroso s’est mis lui même sous surveillance concède l’eurodéputé centriste français Jean-Marie Cavada, qui a voté pour lui in extremis. La composition de sa Commission révélera trés vite son degré de résistance aux velléités des Etats-membres ».

Un contexte inédit

La bataille autour des futurs commissaires se fera de surcroit dans un contexte inédit. Compte tenu du suspense qui continue d’entourer l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne - suspendu au vote des Irlandais le 2 octobre, puis au bon vouloir du président tchèque Vaclav Klaus qui refuse de le signer - l’actuelle Commission pourrait, en cas de Oui Irlandais, être maintenue en charge des «affaires courantes», pour s’achever vers le 30 novembre au lieu de la fin normale de son mandat le 31 octobre.

Cela permettrait aux Vingt-sept, qui se retrouveront en sommet à Bruxelles les 29 et 30 octobre, d’intégrer les réformes institutionnelles prévues par le Traité de Lisbonne telles que la création d’un poste de Haut représentant pour la politique étrangères aux pouvoirs étoffés, et l’élection par les pays membres d’un président du Conseil. Les commissaires, nommés en novembre, seront dans la foulée auditionnés par le Parlement qui a promis de les mettre sur le grill. Avec pour objectif une entrée en fonction du Collège au plus tôt en décembre, au moment où se réunira à Copenhague la cruciale conférence internationale sur le climat.

« Dans cette phse transitoire, laa stature de l’UE reposera donc pour beaucoup sur le rôle et la performance de José-Manuel Barroso » explique l’eurodéputé conservateur Alain Lamassoure. A ses risques et périls.