Pas même un rappel des principes. Contrairement au gouvernement suisse, qui a durant la campagne rappelé à plusieurs reprises l’incompatibilité entre l’initiative sur le renvoi automatique des étrangers et l’accord bilatéral sur la libre circulation, la Commission européenne a simplement redit lundi qu’elle «attendait de la Confédération qu’elle respecte ses obligations».

«Nous jugerons sur pièce, une fois qu’un projet de loi nous aura été transmis» a affirmé sa porte-parole Pia Ahrenkilde Hansen. «Nous restons confiants dans le fait que la Suisse respectera les accords qu’elle a signés».

Cette prudence de la Commission contraste avec les propos virulents prononcés dimanche par le président José-Manuel Barroso contre la dangereuse montée des populismes en Europe. Elle contraste aussi avec le ton plus que virulent adopté par la vice-présidente de la Commission Viviane Reding contre la France, à propos des expulsions de Roms.

Hors micro, les responsables de la Commission jugent cela «normal, car la Suisse n’est pas membre de l’UE» et compte tenu «de la spécificité des procédures helvétiques». L’initiative acceptée dimanche sur le renvoi automatique des étrangers n’ayant pas force immédiate de loi, la prudence s’impose, rappellent ces derniers. «Ce qui compte, c’est ce que la Suisse a signé, explique l’un deux. Au moment où la pratique vis-à-vis des délinquants étrangers changera, nous réagirons. Aujourd’hui, nous mettons en garde le législateur helvétique».

Il n’est toutefois pas sûr que ce calme officiel demeure tout au long de la semaine. Jeudi à Bruxelles, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga assistera au Conseil des ministres de la Justice de l’espace Schengen. Plusieurs de ses homologues ont bien l’intention de lui demander des explications. Pour devancer l’échéance, plusieurs spécialistes suisses du dossier «libre circulation» arriveront à Bruxelles dès mardi, afin d’en discuter avec les experts communautaires.

Des pays tels que la France, accusée à propos des Roms, ou les Pays-Bas, dont le gouvernement est soutenu par l’extrême droite islamophobe de Geert Wilders, saisiront sûrement l’occasion pour montrer que le durcissement ambiant vis-à-vis des étrangers est un phénomène paneuropéen et correspond aux vœux de la population. Le référendum suisse de dimanche est une référence problématique pour l’UE, tout comme l’a été celle sur les minarets.

«Tout le problème est là reconnaît un fonctionnaire de la Commission. Dénoncer l’incompatibilité d’un texte législatif est une chose car il peut être négocié et amendé. Dénoncer un vote populaire, même s’il est incompatible avec les engagements pris, c’est risquer à nouveau de voir Bruxelles accusée de ne pas respecter la volonté des citoyens». Pas question donc, d’engager le bras de fer avec le peuple suisse. Pour la Commission, l’interlocuteur reste le gouvernement helvétique, dont elle attend maintenant les explications.