Accélérer la transition, sans demander explicitement le départ de Hosni Moubarak: lors de leur déjeuner consacré à la crise égyptienne, les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’Union européenne n’ont pas franchi le Rubicon. Malgré la pression forte du Parlement européen, favorable à des prises de position beaucoup plus fermes en faveur des manifestants et du mouvement démocratique, les dirigeants des Vingt-Sept devraient rendre public ce soir une déclaration mitigée, mettant en garde le pouvoir égyptien contre tout dérapage et demandant à ce que la transition débute «maintenant». Sans toutefois exiger l’organisation immédiate d’élections.

Cette relative prudence européenne a déjà fait des remous à Bruxelles. Mercredi, la haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères Catherine Ashton a été violemment prise à partie par plusieurs chefs de groupes politiques au Parlement européen, tels le président des verts Daniel Cohn-Bendit et celui des libéraux Guy Verhofstadt. Catherine Ashton, jugée trop peu présente sur le front de la crise dans le monde arabe, a aussi fait l’objet de critiques lors du sommet de vendredi pour s’être contentée de souhaiter un «rapide retour au calme» en Egypte, où le raz de marée de protestations se poursuit au Caire et dans les principales villes du pays.

La difficulté, comme toujours, pour les Européens, consiste à se mettre d’accord sur une même ligne. Fragilisé en Italie par des scandales sexuels à répétition, le président du Conseil italien Silvio Berlusconi a incarné cette difficulté en plaidant «pour une transition sans rupture», ce que personne ne croit réellement possible vu l’état de délitement du pouvoir égyptien. Les dirigeants de l’UE s’interrogent aussi sur le rôle que peut jouer, dans ce contexte mouvant, l’Union pour la Méditerranée (UPM), dont le directeur général, le Jordanien Ahmad Massa’deh, a démissionné fin janvier. L’UPM, bébé de Nicolas Sarkozy, est censé coordonner les programmes d’intervention et d’aide de l’UE dans la région. Mais des polémiques pointent déjà sur les compromissions passées de l’Union avec le régime tunisien. Une enquête a été demandée par le Parlement européen sur les destinataires réels des 300 millions d’euros d’aide par an alloués ces trois dernières années à la Tunisie.

Ce sommet européen d’une journée porte toutefois surtout sur les questions économiques et sur l’énergie. L’un des principaux points dans ce dernier domaine est le feu vert tacite donné à un renouveau du programme nucléaire. Le projet de déclaration finale insiste sur la nécessité de «promouvoir l’investissement dans les énergies renouvelables et les énergies faiblement carbonées» – une référence au nucléaire – tout en veillant à imposer des «normes de sécurité très élevées» pour l’énergie fissile.

Une autre partie importante des débats porte sur l’augmentation de la capacité d’emprunt du Fonds de secours de la zone euro (EFSF). Un accord a été trouvé pour que ce dernier puisse, grâce à des garanties supplémentaires des Etats membres, effectivement emprunter si nécessaire jusqu’à 440 milliards d’euros. Les dix-sept pays de la zone euro devraient se retrouver au début mars pour affiner leurs propositions et rediscuter d’un pacte de convergence économique proposé par la France et l’Allemagne.