Il ne manquait qu’un nom à la fin du communiqué publié vendredi par les dirigeants européens réunis à Bruxelles: celui de l’opposant ­Mohamed ElBaradei. Insistant sur le caractère «inacceptable» des violences commises contre les manifestants démocratiques et les journalistes, et appelant à la mise en place «immédiate» d’une transition, les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept ont toutefois évité d’appeler au départ du président Moubarak, et d’affirmer leur soutien pour son principal adversaire.

«Plein soutien au peuple»

«Le pire serait de faire tomber les personnalités démocratiques dans le piège de l’ingérence étrangère, a justifié le président français Nicolas Sarkozy. C’est aux Egyptiens de se prononcer. Ce qu’il faut retenir, c’est notre condamnation sans ambiguïté des atteintes à la liberté, et notre plein soutien au peuple égyptien et à l’instauration d’une démocratie authentique.»

L’Union européenne est, dans la crise égyptienne, particulièrement sous pression. L’Europarlement, en particulier, a multiplié ces derniers jours les déclarations pour réclamer un soutien plus ferme aux forces démocratiques dans ce pays, tout comme dans le reste du monde arabe. Une polémique commence aussi à naître sur l’utilisation passée des fonds de la Commission européenne en Tunisie ou en Egypte. Des demandes d’enquête ont été déposées par des eurodéputés. Le rôle de l’Union pour la Méditerranée, crée fin 2008 sous l’impulsion de la France, est aussi dans le collimateur. Son directeur général, un Jordanien, a démissionné fin janvier. Son avenir est en question.

Pour couper court à ces accusations, le communiqué publié à l’issue du sommet européen insiste donc sur la nécessité de focaliser l’aide communautaire «sur la gouvernance, la promotion des institutions démocratiques et la justice sociale». La cheffe de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton, très critiquée pour ses «appels au calme» perçus comme trop timides, a reçu mission de «proposer rapidement une adaptation des instruments financiers de l’Union».

La lucidité est toutefois aussi au rendez-vous. Le risque d’une contagion islamiste a bel et bien été évoqué par les Vingt-Sept. «Il y a eu des exemples problématiques, comme l’Iran», ont concédé tour à tour Nicolas Sarkozy et le Britannique David Cameron. Tout en répétant: «Refuser le processus démocratique au nom de la peur de l’intégrisme n’est tout simplement pas acceptable.»