Union européenne

L’UE est dépassée par la crise des réfugiés

Le flux migratoire ne tarit pas. Plusieurs pays contestent la stratégie européenne et des initiatives unilatérales se multiplient. La Hongrie défie le plan de relocalisation dans un référendum

«Accepteriez-vous que l’Union européenne (UE) oblige la Hongrie à accueillir des citoyens non-Hongrois sans l’approbation de notre parlement?» C’est en substance la question que voudrait poser le gouvernement hongrois à ses citoyens lors d’un référendum qui sera organisé à une date qui reste à être fixée. L’annonce a été faite mercredi à Prague en personne par le premier ministre hongrois Viktor Orban, conservateur et à la rhétorique anti-réfugiés et anti-Bruxelles connue.

En décembre dernier, son gouvernement a déjà porté plainte contre le plan européen de relocalisation de 160 000 réfugiés dans les vingt-huit Etats de l’UE selon un système de quotas. Malgré les avertissements de Bruxelles, il a été le premier à construire un mur à la frontière avec la Serbie pour barrer la route aux réfugiés. En Europe de l’Est, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie contestent aussi le plan de Bruxelles.

Des contrôles aux frontières établis dans sept pays européens

L’initiative hongroise constitue une preuve de plus que la cacophonie règne dans la gestion de la crise des réfugiés. Il a y a deux jours, la Belgique a rétabli le contrôle à ses frontières avec la France. Quelque 290 policiers ont été dépêchés à La Panne pour faire face à un éventuel afflux de migrants venant de la Jungle, vaste camp de fortune à Calais en voie de démantèlement. Depuis plusieurs mois, des candidats à l’asile voulant traverser La Manche arrivent sur la côte belge, espérant tenter leur chance à partir du port de Zeebruges. «On veut éviter des camps de tentes comme à Calais dans notre pays», a déclaré mardi le ministre belge de l’Intérieur Jan Jambon. Après l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la France, la Norvège et la Suède, la Belgique devient le septième pays au sein de l’espace Schengen qui a établi des contrôles aux frontières.

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L’Autriche non plus n’arrive pas à faire face. La semaine dernière, Vienne a instauré des quotas quotidiens de 80 demandeurs d’asile admis sur son territoire et de 3200 en transit vers l’Allemagne. Le pays, 8,5 millions d’habitants, qui a accueilli 90 000 demandeurs d’asile en 2015, a décidé qu’elle limiterait l’accueil à 37 500 en 2016. La Commission a critiqué cette initiative unilatérale et son vice-président Frans Timmermans a laissé entendre que le pays pourrait faire l’objet des sanctions.

L’Autriche n’est pas restée là. «Nous continuons à souhaiter une solution européenne, mais aucune n’est en vue», a dénoncé mercredi son ministre des Affaires étrangères Sebastian Kurz. «En attendant, nous devons prendre des mesures nationales», a renchéri la ministre de l’Intérieur Johanna Micki-Leitner. Dans ce contexte, elle a réuni mercredi les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères des pays se trouvant sur la route des Balkans, dont l’Albanie, la Bosnie, la Bulgarie, la Croatie, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie, la Slovénie et le Kosovo. Elle n’a toutefois invité ni la Commission ni la Grèce, pays de premier accueil des réfugiés qui empruntent cette route.

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La mise en oeuvre du plan de relocalisation des réfugiés attendue

En ce début de semaine, près de 12 000 migrants se trouvent bloqués à la frontière grecque, la Macédoine voisine ayant décidé de laisser passer les réfugiés aux compte-gouttes. Cette stratégie laisse craindre que la Grèce se transforme en vaste camp des réfugiés. Selon l’Organisation mondiale pour les migrations, 102 000 migrants et réfugiés sont arrivés dans le pays depuis janvier en provenance des côtes turques. L’initiative autrichienne sera débattue ce jeudi lors d’une réunion des ministres européens de l’Intérieur à Bruxelles. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, en charge de l’Intérieur, sera présente.

La Commission ne nie pas les problèmes et ne cesse d’appeler les Etats à mettre en œuvre le plan de relocalisation de 160 000 réfugiés. Adopté en septembre dernier, il a à peine démarré. A ce jour, seulement 500 personnes ont été reparties dans quelques pays. Un projet de réinstallation de réfugiés à partir des pays tiers n’a pas décollé. Le programme de retour des requérants d’asile déboutés est aussi en panne

Le plan d’action commun EU-Turquie mis en place en octobre n’a pas encore produit des résultats. Il prévoit l’octroi de trois milliards d’euros destinés à l’aide des réfugiés sur le territoire turc contre des actions concrètes pour endiguer le flux migratoire en direction de l’Europe. Ankara réclame aussi l’exemption de visas pour ses citoyens et la reprise des négociations sur l’adhésion à l’UE). Un sommet UE-Turquie aura lieu le 7 mars prochain à Bruxelles pour évaluer la mise en œuvre du plan d’action.

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