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L’UE est-elle prête à la guerre en Libye?

La question est au cœur du sommet européen extraordinaire de l’UE qui s’ouvre à 11 heures ce vendredi. France et Grande-Bretagne envisagent une zone d’exclusion aérienne. Mais l’option des «frappes ciblées» évoquée par Paris a peu de chances d’aboutir. Sur le terrain, l’opposition semble affaiblie après la perte de Ras Lanouf et Zawiyah

L’Union européenne est-elle ou non sur le sentier de la guerre en Libye? C’est en tout cas ce que préconisent Nicolas Sarkozy et David Cameron qui se retrouveront à Bruxelles, avec les autres chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE, à partir de 11h pour un sommet extraordinaire consacré à la Libye, à l’Afrique du Nord, puis dans la soirée à la crise de l’euro.

Les bruits de bottes les plus manifestes sont venus de Paris. Premier pays de l’UE à reconnaître hier le Conseil national de transition libyen, après la réception à l’Elysée de deux de ses représentants, la France a adopté un ton résolument guerrier face au régime du colonel Kadhafi.

Jeudi matin, des fuites en provenance de l’Elysée ont d’abord accrédité l’idée de «frappes aériennes ciblées» sur la Libye, notamment pour mettre hors d’état de nuire les aéroports utilisés par l’aviation du régime contre les rebelles confrontés à des forces loyalistes supérieures en nombre. Puis tard dans la soirée, Nicolas Sarkozy et David Cameron ont adressé une lettre aux Vingt-Sept proposant, entre autres, l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne sur mandat du Conseil de sécurité de l’ONU. La référence aux Nations unies, garantes de la légitimité d’une éventuelle intervention au nom de la «responsabilité de protéger» les populations civiles, est considérée comme indispensable par la plupart des pays membres de l’Union. Elle l’est aussi par l’OTAN dont le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen a répété jeudi la «disponibilité», aux ministres de la Défense de l’Alliance atlantique également réunis dans la capitale belge.

Selon les diplomates familiers du dossier, la volonté franco-anglaise de répondre le cas échéant militairement au régime Kadhafi, bien parti pour reprendre le dessus sur les rebelles, est loin de faire l’unanimité. L’Allemagne a ainsi, lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, répété à plusieurs reprises son opposition à cette escalade, redoutée aussi par les pays traditionnellement proches de la Libye comme la Grèce, ou même l’Italie. D’autres Etats, comme les Pays-Bas ou la Belgique ont exprimé leurs divergences tout en affirmant qu’ils ne s’opposeraient pas à une zone d’exclusion aérienne si celle-ci s’établit sous mandat de l’ONU et en lien avec la Ligue arabe et l’Union africaine. Le syndrome des divisions de l’UE à propos de l’intervention américaine en Irak en 2003 reste dans toutes les mémoires.

Sur le plan politique en revanche, l’unité sera sans doute préservée. Après l’accord jeudi sur de nouvelles sanctions élargies visant des intérêts économiques libyens, les conclusions du sommet européen devraient répéter que «Kadhafi doit partir» et que le Conseil national de transition formé à Benghazi est un interlocuteur crédible. Ce qui ouvrirait la voie à sa reconnaissance diplomatique par d’autres pays, y compris sur le plan militaire. Huit Etats membres de l’Union conservent des ambassades ouvertes à Tripoli: Bulgarie, Roumanie, Chypre, Malte, Italie, Hongrie, Grèce et Pays-Bas. Les Pays-Bas ont toutefois prévu de rapatrier leur personnel après la libération, jeudi soir, des trois soldats néerlandais faits prisonniers par les autorités lors d’une opération d’évacuation de civils.

Une interprétation qui circule à Bruxelles est que la surenchère française pourrait procéder d’un savant partage des rôles: aux grands pays de l’Union le soin de manier le bâton et aux autres, comme la Grèce, le soin de négocier en coulisses avec le clan Kadhafi. L’engagement britannique peut aussi s’expliquer par le passif entre Londres et Tripoli résultant de l’attentat contre un Boeing 747 de la Panam à Lockerbie (Ecosse) en décembre 1988, dans lequel la responsabilité des services secrets de Kadhafi a été établie. La partie, néanmoins, s’annonce délicate: après la reprise du port pétrolier de Ras Lanouf par les forces du régime, les services de renseignement américains laissent entendre que le régime libyen a désormais l’avantage. Ses troupes, épaulées par des mercenaires africains, pourraient par conséquent tenter le tout pour le tout dans les jours prochains, pour prendre de vitesse le Conseil de sécurité de l’ONU et la communauté internationale.

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