Revenir à la case départ. A savoir au «vrai» verdict des urnes. S’exprimant mardi à Stockholm où il a convoqué l’ambassadeur iranien, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, a redit la «profonde inquiétude de l’UE» face à la «violence brutale» utilisée contre les manifestants, et la nécessité, pour Téhéran, de répondre aux accusations de fraude.

La Suède, qui prendra le 1er juillet pour six mois la présidence de l’Union européenne, a d’autant plus de raisons de se montrer offensive que, pour une fois, les Vingt-Sept ne sont pas divisés sur l’attitude à tenir. Dès le 16 juin à Luxembourg, les chefs de la diplomatie ont demandé à l’Iran «d’enquêter sur la conduite de la présidentielle» et déploré «l’utilisation de la force contre des manifestants pacifiques».

Cette demande d’enquête a ensuite été confortée par les chefs d’Etat et de gouvernement à l’issue de leur sommet des 18 et 19 juin, dont les conclusions exhortent «les autorités iraniennes à faire toute la lumière sur les questions relatives à la tenue du scrutin». «Nous ne voulons pas donner l’impression que l’étranger s’occupe des élections internes, a commenté le président Nicolas Sarkozy. Mais quand on voit des violences et des résultats aussi incohérents, l’Europe qui se tairait ne serait pas conforme à ses valeurs.»

Sanctions «ciblées»

La question délicate, toutefois, est de savoir ce que pourra faire l’UE si les conservateurs iraniens lui font un bras d’honneur en maintenant la répression. Ce qui devrait très vite ramener au premier plan les fameuses sanctions «ciblées», destinées à frapper les dignitaires du régime. L’équipe de Javier Solana, le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, cogite déjà sur une liste remaniée des responsables iraniens impliqués dans les fraudes ou connus pour leur soutien au président sortant Mahmoud Ahmadinejad.

Aller au delà poserait la sempiternelle question des intérêts européens dans le secteur des hydrocarbures en Iran, où l’Allemagne est le premier investisseur étranger. «L’unité de vues des politiques n’est qu’une partie de l’équation, on le sait bien», note un diplomate.

Un autre facteur est la mobilisation des ONG. La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a haussé le ton en profitant de la venue à Bruxelles et à Genève du Prix Nobel de la paix Shirin Ebadi. «Dire c’est bien. Condamner c’est bien. Agir c’est mieux», exige Dan Van Raemdonck, de la FIDH. D’où l’idée, évoquée par certains, d’un mot d’ordre de boycott des compagnies européennes en Iran, ou du moins d’une campagne publique dénonçant leur silence. Les trois géants énergétiques européens Total (France), Eon (Allemagne) et Eni (Italie) pourraient se retrouver visés. Même si le pétrolier français avait annoncé, l’an dernier, geler ses projets gaziers dans la République islamique.