Diplomatie

L'UE fustige l'annonce de nouvelles mesures américaines contre Cuba

Le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche devrait annoncer mercredi «l'application du chapitre III de la loi Helms-Burton» de 1996. Il avait été gelé jusque-là par Washington pour ne pas froisser ses alliés

Donald Trump a nettement accentué mercredi la pression économique sur Cuba en limitant les voyages et les transferts d'argent américains, tout en ouvrant la voie à des milliers d'actions en justice contre des entreprises étrangères présentes sur l'île socialiste. Faisant fi des menaces de représailles commerciales lancées par l'Union européenne, premier partenaire économique de La Havane, Washington a encore plus nettement tourné le dos au rapprochement entamé sous le mandat du président démocrate Barack Obama. «Nous soutenons les patriotes pro-liberté de cette région», a déclaré le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche John Bolton.

L'Union européenne (UE) a déploré «profondément» mardi l'annonce par un responsable de l'administration Trump de l'application imminente d'une loi qui ouvre la voie à des milliers d'actions en justice contre des entreprises étrangères présentes à Cuba. Cette décision «va créer encore plus de confusion pour les investissements étrangers, qui aident à la création d'emploi et la prospérité à Cuba», a déclaré à la presse Alberto Navarro, l'ambassadeur à La Havane de l'UE, premier partenaire commercial de l'île.

Selon un responsable de l'administration Trump, le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, annoncera mercredi lors d'un discours à Miami «l'application du chapitre III de la loi Helms-Burton» de 1996. Systématiquement gelé jusque-là par Washington pour ne pas froisser ses alliés, il permet théoriquement, notamment aux exilés cubains, de poursuivre devant les tribunaux fédéraux américains les entreprises qui ont réalisé des gains grâce à des sociétés nationalisées après la révolution de 1959 dans l'île des Caraïbes.

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La date de mercredi pour annoncer ces nouvelles mesures n'a pas été choisie au hasard: il s'agira de l'anniversaire de l'attaque de la Baie des Cochons en 1961, une tentative d'invasion américaine qui s'était soldée par une défaite cinglante.

L'administration de Donald Trump, qui accuse Cuba de faire partie d'une «troïka de la tyrannie» en Amérique latine avec le Venezuela et le Nicaragua, avait déjà fait planer cette menace en janvier, encourageant alors «toute personne faisant des affaires à Cuba à examiner si elle fai(sai)t du trafic de biens confisqués et (était) complice de cette dictature».

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Une législation antidote créée par l'UE

Le département d'Etat américain, affirmant avoir pris en compte les «inquiétudes» des alliés de Washington, avait finalement fait machine arrière début mars. Pas pour longtemps.

L'objectif est de décourager les investissements étrangers, a dénoncé l'ambassadeur Alberto Navarro mardi: «C'est pour qu'un investisseur se dise «au lieu d'investir à Cuba, je vais le faire à Punta Cana»», en République dominicaine, a-t-il regretté.

Néanmoins, «l'UE a créé une législation antidote, comme l'ont fait le Canada, le Japon et le Mexique, donc nos citoyens et entrepreneurs ont la protection de l'Union européenne en cas de procès des Etats-Unis», a affirmé l'ambassadeur.

«Les citoyens européens ont l'obligation de ne pas collaborer (à ces procédures judiciaires) et la possibilité de porter réclamation contre les entreprises demandant des indemnisations pour les propriétés confisquées à Cuba.»

Jusqu'à 200 000 plaintes potentielles

Les Etats-Unis veulent maintenir la pression sur l'île, dont ils accusent les autorités de soutenir le régime socialiste de Nicolas Maduro au Venezuela. Lors de l'adoption de la loi Helms-Burton en 1996, le département d'Etat américain avait estimé qu'il existait jusqu'à 200 000 plaintes potentielles, qui ont donc été gelées et pourraient être remises en selle lorsque le chapitre III sera pleinement activé.

Selon le Conseil économique et commercial des Etats-Unis et de Cuba, un groupe basé à New York qui appuie les relations commerciales entre les deux adversaires, les plaintes dans ce cadre pourraient viser des entreprises dont les chiffres d'affaires combinés atteindraient 678 milliards.

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D'après le groupe, parmi les entreprises pouvant faire l'objet de poursuites potentielles figurent les compagnies aériennes American Airlines, Delta et United, des chaînes hôtelières comme Marriott et Accor et d'autres firmes comme Pernod Ricard et Huawei.

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